A
deux roues sur le cercle polaire
Les
protagonistes :
Les mêmes que l'an passé, mais avec un an de plus : Annick et Claude dans
le camping-car,
et Lise et Christian sur la moto.
Moto et camping car ont eux aussi un an de plus, mais ils n'ont guère changé.
Sur la Breva, j'ai changé le pneu arrière, et les amortisseurs ont été avantageusement
remplacés par des EMC. Par contre, le pneu avant a déjà fait le tour de
la Turquie, et un peu plus, et je ne suis pas sûr qu'il termine celui-ci.
On verra bien...
Une nouveauté cette année : Renée et Christian constitueront un deuxième
équipage en camping car,
pour mettre en application l'adage selon lequel " plus on est de fous...
"
Comme nous savons ce qui nous attend en Scandinavie en matière de prix,
notamment des denrées alimentaires, les deux véhicules à quatre roues ont
été remplis " jusqu'à la gueule " de victuailles et de boissons en tous
genres, afin de tenir 2 mois (ou presque !), en évitant de mettre à mal
notre réserve de couronnes dans le pays du Père Noël.
Direction
: le haut de la carte Samedi 29 avril :
c'est par un beau soleil que nous larguons les amarres. Il est évident que
des véhicules aussi différents que la moto et les camping-cars ne vont pas
rouler en convoi. Aussi, comme nous le ferons chaque jour, nous nous donnons
un point de rendez-vous pour l'étape du soir, sauf que le premier se trouve
à plus de 500 km. A la frontière suisse, nous achetons la vignette annuelle
d'autoroutes, que nous collons sous la selle,
comme le font les motards helvétiques pour ne pas se la faire piquer...
Même si la dite Suisse ne fait toujours pas partie de l'UE, le passage de
ses frontières, tant du côté français que du côté allemand ne pose guère
de problèmes.
Nous
avons décidé de partir un week end afin d'éviter (surtout pour les camping
cars)
les cohortes de camions, et nous ne le regretterons pas. Autoroutes allemandes,
tant enviées par certains pour leur absence de limitations de vitesse.
Et il est vrai que nombre de messieurs en col blanc ne se gênent pas, au
volant de grosses BM, Audi, VW (souvent en 4x4 équipés de pare buffles...)
pour taquiner le 200.
Je n'ai jamais considéré qu'il s'agissait là d'une preuve de virilité, ni
même d'une démonstration de bonne conduite (je ne parle pas de la consommation,
ni de la production de CO2).
Mais beaucoup de tronçons sont à vitesse limitée : travaux, largeur réduite,
mauvais revêtement, etc... Quant à nous, notre vitesse se limitera à un
tranquille 120-140, selon le vent et la circulation.
Frankfurt, Hanovre, Hambourg, les villes défilent, ou plutôt leur indication,
puisque nous ne les verrons jamais... Bref, les 1100 et quelques km qui
nous séparent du sommet de l'Allemagne sont avalés sans histoire en deux
jours, sauf que le temps a changé, la température a notablement baissé,
et que le deuxième jour, au sommet d'un petit col, la neige se mettra même
à tomber ! Moment de panique sur l'autoroute, mais heureusement, elle ne
tiendra pas au sol.
Au
pays de la petite sirène
A Puttgarden, nous prenons le bateau (le premier d'une longue série !) qui
nous emmène sur l'île danoise de Lolland. Rappelons-le, le Danemark est
constitué d'une presqu'île : le Jutland, et d'un ensemble d'îles plus ou
moins grandes. C'est un grand pont (le premier d'une longue série, lui aussi)
qui nous permet d'atteindre celle, petite, de Møn. Celle-ci est remarquable
par les impressionnantes falaises crayeuses qui bordent sa côte est, et
que nous verrons malheureusement dans le brouillard. Quelques belles petites
églises, aussi, admirablement décorées. Le deuxième jour, la pluie est là,
et le camping car de Claude refuse de démarrer. Sans doute le circuit électrique
du Fiat trop sensible à l'humidité veut-il être à la hauteur de la réputation
de ses homologues en moto ! Finalement, nous pourrons repartir, en branchant
directement un fil de la batterie aux bougies de préchauffage. Sur cette
île comme ailleurs, nous constaterons que l'utilisation des énergies renouvelables
n'est pas qu'un slogan électoral au Danemark,
car comme le vent y est omniprésent, la moindre colline est constellée de
grandes éoliennes.
C'est
sous le vent et les averses que nous prenons la direction de Copenhague,
la capitale, située sur l'île Sjæland. Comme d'habitude, lorsqu'il s'agit
de visiter une grande ville, nous nous installons dans un camping, le plus
près possible, et nous utilisons les transports en commun.
A cette époque de l'année, le camping Absalon est loin d'être plein, et
nous pouvons pratiquer la pétanque dans les allées en toute tranquillité
! Le Danemark est vraiment le pays du vélo, et nous allons en avoir un première
démonstration à Copenhague. Pistes cyclables, parkings réservés, places
prévues dans le métro
et dans les trains, résultat, ce sont des milliers de personnes du petit
enfant au grand père que l'on voit
se déplacer à bicyclette.
Il est d'ailleurs possible de prendre un vélo à une borne en y glissant
une pièce, et de le reposer à un autre endroit de la ville, comme on le
ferait avec un caddie de supermarché.
Pas un édifice public : hôtel de ville, gares, postes, musées, devant lequel
ne soient stationnées
des myriades de vélos en tous genres.
Par contre, côté moto, je n'aurai même pas le plaisir de me mettre sous
l'œil la moindre Nimbus
(moto danoise équipée d'un 4 cylindres en ligne à ACT et d'une transmission
par arbre, 40 ans avant les Japs...) :on y voit la même chose que partout
ailleurs. Une autre façon agréable de se déplacer dans Copenhague est de
prendre le bateau et de suivre les canaux : on ne se lasse pas d'admirer
les façades colorées des maisons de la vieille ville se refléter dans l'eau.
Nous y passerons 3 jours, la regardant encore d'en haut, depuis le clocher
en spirale de l'église St Sauveur, visitant encore la bibliothèque royale,
le National Museet, ou le Kastellet, sans oublier la Petite Sirène, toute
menue, et peu mise en valeur
sur un fond de réservoirs d'essence et de port industriel.
Reprenons notre route vers le nord : direction Roskilde. En fait, en quittant
Copenhague,
nous nous perdons un peu, et nous tournons beaucoup, avant de nous installer
enfin au bord du " fjord "
de Roskilde. Ici, c'est la très belle cathédrale, et le musée des drakkars
vikings (moyen) qui retiendront notre attention. Sans oublier, sur la place
du marché, un pittoresque congrès international de pères Noël
(ne manquent que les français, nous dit-on)... Sur le quai, à côté d'une
reproduction d'un drakkar
de quelques 1500 ans,trône une Moto Guzzi Lodola du début des années 60,
magnifiquement restaurée.
Juste avant Roskilde, nous aurons fait halte au musée des impressionnistes
(Ordrup museet), puis au musée d'art moderne de Louisiana. On peut être
motard ou camping cariste, et apprécier la peinture. Nous ferons encore
quelques haltes devant quelques tableaux au cours de ce voyage. Un peu plus
au nord, visite du magnifique château Frederiksborg à Hillerød, où les différents
Christian, rois du Danemark, se sont
(entre autres) succédés. Château du XVIème, admirablement conservé. Les
salles, très bien décorées,
et le jardin à la française, parfaitement entretenu, valent vraiment le
détour.
A
nous les p'tites suédoises
A Helsingør, nous prenons le ferry qui nous amène (en 20 mn) à la ville
jumelle d'Helsinborg,
côté suédois. Disons-le tout de suite, les blondes créatures de rêve scandinaves
ne sont plus ce qu'elles étaient. Si chez les enfants, les " chères têtes
blondes " sont encore la majorité, chez les adultes,
c'est un joyeux mélange de couleurs de peaux, de pupilles et de cheveux,
et reconnaissons-le : la proportion de jolies filles n'est pas différente
de ce qu'elle est ailleurs. Désolé de casser votre rêve,
mais si vous vouliez aller là-bas pour ça, inutile de faire tant de km :
contentez-vous d'Internet...
A propos d'Internet, comme dans tous les pays industrialisés où la plupart
des gens ont un ordinateur
à la maison, il est moins facile d'y trouver un café Internet que dans les
Andes ou en Turquie,
par exemple. Bien sûr, on trouve quand même... mais c'est beaucoup plus
cher.

Premier contact avec la Suède à Lund, où nous passons la nuit à côté d'un
moulin magnifiquement restauré. Mais c'est aussi une ville universitaire
importante (la deuxième de Suède), et les étudiants profitent du week end
pour musarder dans les parcs ou les petites rues bordées de maisons en bois
traditionnelles. Il fait beau, et les camping caristes sont heureux de sortir
leurs vélos
et de profiter des pistes cyclables.
Cap
à l'Est : l'île d'Öland. Elle mesure environ 140 km de long, mais seulement
une quinzaine de large,
et on y accède depuis Kalmar par un pont de 6 km de long. Je suis inquiet
en voyant cette immense arche, car le vent souffle, mais tout se passera
bien. Nous aurons largement l'occasion de reparler de pont
et de vent ! Cette île est un peu un raccourci de la Suède du sud, avec
ses nombreuses fermes très bien entretenues, et ses nombreux vestiges de
moulins à vent, dont certains sont très bien restaurés.
Vu le peu de relief et de circulation c'est un régal pour les cyclistes,
du moins quand ils n'ont pas le vent dans le nez ! Retour sur le continent.
Le long la route de Stockholm, les collines boisées alternent avec les champs
bien cultivés. Au bord de l'immense lac Vattern, voilà la ville d'Husqvarna,
siège de l'usine au nom célèbre qui, avant de fabriquer des tronçonneuses
a construit des motos réputées (de cross en particulier, mais aussi de vitesse,
ce qui est moins connu). Un musée rappelle l'histoire glorieuse de la marque,
mais nous ne prendrons malheureusement pas le temps de le visiter. Ce matin,
au moment de repartir,
Lise a des vertiges et ne tient pas debout. Nous l'emmenons au dispensaire
où la doctoresse lui fera un rapide check up, et lui donnera un remontant.
Pas de moto pour aujourd'hui : elle fera l'étape en camping car, mais en
quelques jours, tout rentrera heureusement dans l'ordre.
Stockholm,
une autre Venise du Nord
Bien sûr, comme toujours aux alentours des grandes villes, la circulation
s'intensifie,
mais ce n'est pas le périf, et les Suédois, comme la plupart des Scandinaves,
sont en général très respectueux des limitations de vitesse. Nous nous installons
au camping d'Angby, à une dizaine de km
du centre ville. Le début de la saison touristique est encore loin, et beaucoup
de campings, quand ils sont ouverts, sont en plein travaux pour préparer
la dite saison. On y croise peu de monde, essentiellement
des camping caristes (retraités !), surtout allemands, hollandais... et
français.
Disons-le tout de suite, nous ne rencontrerons aucun motard français au
cours de ce voyage.
Nous nous rendons à Stockholm en métro, puis nous visiterons la ville à
pied, car ses dimensions le permettent. Beaucoup moins de vélos qu'à Copenhague,
mais beaucoup d'espaces verts, comme dans toutes les villes du nord, et
beaucoup de joggers. Chacun le sait, le Scandinave est un sportif proche
de la nature. Quand on s'éloigne des quartiers modernes, Stockholm est une
très belle ville, et le spectacle des façades colorées de Styrmansgatan
se reflétant dans l'eau est vraiment magique. Gamla Stan (la vieille ville),
Djurgården (immense parc plein d'attractions), le musée du Vasa (plus grand
galion royal du XVIIème siècle coulé dans le port après 300 m le jour de
son voyage inaugural, et renfloué en 1961), le musée en plein air de Skansen,
le château de Drottingsholm sont (entre autres) incontournables. Par contre,
on peut se passer de la relève de la garde dans la cour du château royal,
un peu kitch et un peu longuette, malgré la beauté des costumes et des chevaux.
Comme à Copenhague, l'eau est omniprésente.
Toujours
plus au nord :
la Finlande Le lundi 11 mai, nous quittons Stockholm sous un beau soleil.
C'est l'immense ferry Isabella, de la Viking Line, qui nous accueille. Après
un lever à 5h 15, nous prenons le petit déj et nous nous rasons à la volée
sur le port. En fait, la sortie du port de Stockholm est un véritable chenal
entre des centaines d'îles de toutes tailles, dont certaines ne sont occupées
que par une simple maison de bois, véritable maison de poupée. Par temps
de brouillard, mieux vaut espérer que le capitaine du bateau dispose d'un
bon GPS ! Pas de problème aujourd'hui : le temps est beau, et le spectacle
est magnifique. La traversée en direction de Turku (Finlande) dure 11h,
mais comme l'arrivée se fait également au milieu d'une myriade d'îles, on
a à peine l'impression d'avoir traversé une mer (la Baltique). D'autant
qu'au milieu du parcourt, un spectacle de karaoké nous permettra de prendre
un agréable contact avec la chanson (et la langue) finlandaise. A propos
de langue, disons-le tout de suite, si dans le danois,
le suédois ou le norvégien, on retrouve des racines qui rappellent l'anglais
(ou l'allemand, pour ceux qui connaissent), le finnois ne ressemble à rien
de connu (un peu au hongrois, paraît-il, mais là, il faut connaître !!!)
Mais là comme ailleurs dans les pays du nord (la Finlande ne fait pas partie
de la Scandinavie),
la plupart des gens parlent l'anglais, bien mieux que nous... C'est un gros
avantage, mais cela incite aussi à ne pas faire d'effort pour apprendre
les mots de base dans la langue du pays : " bonjour, merci, au revoir...
" Faisons un peu de géopolitique : le Danemark, la Suède et la Finlande
font partie de l'Union Européenne, mais seule la Finlande fait partie de
la zone euro. La Norvège est en dehors de tout cela.
Autrement dit, dans tous les pays autres que la Finlande, il va falloir
convertir nos euros dans la couronne locale (qui n'a pas la même valeur
que sa voisine !) Tout près de Turku se trouve la très belle ville balnéaire
de Naantali. Elle est déserte à cette époque, et nous en profitons pour
flâner dans les rues bordées
de maisons en bois pittoresques.
Helsinki,
la capitale olympique
Chaque fois que nous le pouvons, nous cherchons un endroit agréable pour
passer la nuit, ce qui ne pose généralement pas de problème. En Norvège
en particulier, ce sera souvent à proximité d'une église
ou d'un cimetière, à cause du calme ( !) et de la présence d'eau. Mais près
des grandes villes,
et en particulier des capitales, il est évidemment plus pratique de trouver
un camping.
Celui de Rastila, à 10 km à l'est d'Helsinki fait parfaitement l'affaire.
Nous y rencontrons un couple de camping caristes du Jura, qui sont partis
au mois de mars pour pouvoir faire du ski de fond en Suède ( !),
et qui comptent rouler encore 2 mois... Ce soir, Christian a 60 ans, et
nous fêtons dignement l'événement sous l'œil réprobateur de nos voisins
autrichiens qui n'apprécient peut être pas la chanson française ?...

Pour moi, Helsinki n'a pas et de loin le charme de Copenhague ou de Stockholm.
La lourdeur des statues qui décorent la gare centrale en témoigne déjà.
Un certain nombre d'endroits valent néanmoins la visite : la place du Sénat,
le musée national, qui retrace l'histoire de la Finlande,
la cathédrale (rappelons que les Finlandais, comme la plupart des habitants
des 3 autres pays se réclament de la religion luthérienne), l'autre cathédrale,
orthodoxe (la Russie n'est pas loin), ou encore la forteresse sur l'île
de Suomenlinna.
Par contre, nous éviterons le stade olympique (de 1952), que j'ai déjà visité
autrefois,
et qui ne présente guère d'intérêt
Au
voisinage de la Russie éternelle
L'étape suivante, qui nous amène à Porvoo n'est pas longue (une quarantaine
de km), mais le beau temps qui ne nous avait pas quittés depuis une quinzaine
de jours nous abandonne, et à partir de là,
nous ne reverrons plus le soleil qu'épisodiquement. La vieille ville de
Porvoo, avec ses maisons en bois
de couleurs vives qui s'étendent de la rivière jusqu'au sommet de la colline
est un enchantement.
Cap au nord-est, toujours. A Lappeenranta, la frontière russe se rapproche,
et nous allons flirter avec elle pendant longtemps. Un panneau indique :
St Petersbourg : 150 km ! La tentation est grande de tourner
le guidon à droite pour aller y faire un tour, mais ce n'est pas l'objet
de ce voyage.
Qui sait, une autre fois, peut être ? Au cours d'un voyage précédent, à
l'époque de l'URSS,
j'avais eu l'occasion de toucher du doigt le rideau de fer, constitué à
cet endroit d'un grillage qu'il était interdit de photographier. Et là,
au bout du chemin, dans une petite guérite, un jeune soldat finlandais montait
tout seul la garde dans sa guérite. Il avait pour tout véhicule une " mobylette
" locale.
J'imaginais la situation en cas d'invasion par les chars soviétiques...

Au
pays des mille lacs
Imatra, Syysphoja, Pummala, la région est constellée d'une myriade de lacs
de toutes tailles,
aux noms le plus souvent imprononçables pour nous ! Pour le calme et la
tranquillité, aucun problème :
ce n'est pas la côte d'Azur ! Par contre, pour la baignade, leur accès n'est
pas toujours aisé : rochers,
ou marais sont nombreux. De toutes façons, nous sommes au mois de mai, et
la température est tout à fait dissuasive... L'avantage est que les moustiques,
qui ne sont pas une légende en juillet ne sont pas encore entrés en activité
! Vu sous le soleil, ce paysage de bouleaux, de sapins et de lacs est un
enchantement. Mais sous la pluie et dans le froid qui nous accompagnent
souvent, ça fait un peu grisaille.
A Imatra se déroulait autrefois le GP de vitesse de Finlande. C'était un
circuit naturel qui serpentait entre les bouleaux et les sapins, et franchissait
même un passage à niveau ! J'ai le souvenir d'y avoir vu courir Guy Bertin
sur la 125 Motobécane en 1980. Impressionnant. Le cap est maintenu fermement
vers le nord, maintenant, et au fur et à mesure que nous montons, la circulation
diminue.
Rappelons que dans tous ces pays, l'allumage des feux de croisement est
obligatoire pour les voitures, même de jour. Manifestement, ça ne dérange
personne, et je suis sûr que si on demandait aux motards locaux s'ils trouvent
ça dangereux pour eux, ils en tomberaient à la renverse...
La Breva ronronne toujours sans aucun souci.
Si la circulation diminue, la durée du jour augmente, et pendant un bon
mois, nous n'aurons carrément plus de nuit. Au début, inquiets pour notre
sommeil, nous calfeutrons tous les interstices du camping car pour éviter
la lumière, mais finalement on s'y habitue. Plus tard, quand le temps aura
été vraiment mauvais pendant la journée, nous partirons nous promener à
pied après 22 h pour profiter d'un bon moment ! Comme les soirées sont longues,
nous avons le temps de bouquiner, et l'un de nos favoris est
Arto Paasilinna, un auteur finlandais plein d'humour, dont les romans facétieux
se déroulent dans les contrées que nous traversons. Nous nous régalons en
échangeant nos bouquins.
Près de Lieksa, nous passons deux jours dans le parc naturel Ruunaa.
Le réseau routier secondaire est encore souvent constitué de routes en terre,
plus ou moins chaotiques.
Le chemin qui accède à Ruunaa n'est pas des meilleurs, surtout après une
bonne averse.
Les parcs naturels sont nombreux en Finlande, et très bien équipés pour
le randonneur. Souvent, les sentiers sont recouverts de km de caillebotis,
véritables autoroutes de bois qui épargnent nos chaussures. Aux différentes
haltes, des abris sont prévus pour dormir, faire du feu, et équipés de toilettes
sommaires, mais toujours très propres. Le sauna est une institution en Finlande,
et nous ne pouvons pas y couper.
Nous n'aurons pas le courage de nous jeter dans le lac après avoir subi
les 80° saturés d'humidité ( !),
mais il faut reconnaître que même après la douche, on est bien.
A Lieksa, nous visitons un musée de plein air, qui reconstitue l'habitat
et le mode de vie des habitants au cours des siècles. Les Scandinaves sont
friands de ce genre de musées, qui sont souvent animés
(pendant
l'été) par des acteurs qui reconstituent les différentes professions, mais
le plus important est sans doute celui de Skansen, à Stockholm.
Nous
voilà maintenant en Carélie. Cette région a été le théâtre d'affrontements
violents entre les Finlandais et les Russes en 1940, pendant la guerre d'hiver.
A Raate, tout près de la frontière, un cimetière rappelle ces événements
: il est parsemé de rochers (chacun représente un mort de l'un ou l'autre
camp,
et il y en a plus de 10000 !), et 101 clochettes représentent les jours
de combat.
Le tintement de ces clochettes dans le silence du lieu est très émouvant.
Se battant contre les Russes,
les Finlandais se sont donc retrouvés bien malgré eux du côté des Allemands,
et donc des perdants.
Aussi, à la fin de la guerre, les Russes se sont emparés d'une bonne partie
de la Carélie,
et les Finlandais ont dû payer des dommages de guerre jusqu'au milieu des
années cinquante.
Laponie
: le pays du père Noël
Vendredi 26 mai : nous prenons la route de Kuusamo. Ce matin, le ciel est
gris, et la température
a encore baissé : le thermomètre de la Breva indique 3° ! Je renfile dare
dare la doublure du blouson
que j'avais inconsidérément supprimée au Danemark, et Lise empile les épaisseurs...
Nous voyons nos premiers rennes au bord de la route, et nous nous précipitons
sur l'appareil photo.
Bientôt, nous serons blasés, mais je garderai toujours un doigt sur le frein
au sommet d'une côte ou au détour d'un virage sans visibilité, des fois
que... Quant aux élans, nous ne les verrons finalement que sur les pancartes,
à part ceux du parc Skansen à Stockholm. C'est peut être mieux, car le bestiau
est imposant
(600 kg), et envoie à la ferraille un certain nombre de véhicules chaque
année...
A Kuusamo, la Breva se met soudain à hoqueter d'une manière impressionnante.
Je change paisiblement les bougies sur le parking du très bel office du
tourisme, mais le résultat n'est pas très probant.
Peu à peu, le phénomène disparaîtra, et je comprendrai qu'il s'agit sans
doute d'eau qui devait se trouver dans un fond de cuve d'essence. La même
chose se reproduira une fois quelques temps plus tard en Norvège. Ruka est
une station de ski qui ne dépasse guère les 1000 m d'altitude, mais dont
la piste principale est encore bien enneigée. C'est sûr que quand on arrive
de la région de Tignes et Val d'Isère,
on regarde tout ça d'un oeil un peu goguenard, mais nous sommes quand même
très impressionnés
par le tremplin de saut international.
Voilà le parc d'Oulanka beaucoup plus grand que celui de Ruunaa. Nous y
passerons quelques jours, effectuant quelques balades à pied sur des itinéraires
toujours aussi bien aménagés quand le temps le permet. L'un des plus long,
et le plus connu est le Karhunkierros, le sentier de l'ours, qui mesure
au total
70 km. Karhu signifie " ours ", en finlandais. C'est d'ailleurs le nom d'une
des bières les plus répandues,
pas mauvaise, mais quand même un peu moins bonne que la Carlsberg danoise.
Encore quelques km vers le nord, et voilà : le cercle polaire est franchi,
à Rovaniemi. Depuis quelques années, on a construit là un véritable attrape
touristes : le village du Père Noël. Kitch comme c'est pas permis, des Pères
Noël dans tous les coins, des quantités de gadgets à l'effigie du personnage,
et " Jingle bell " dégoulinant de toutes les sonos. J'imagine que les employés
doivent se tirer des balles quand ils rentrent chez eux et qu'ils entendent
ça à la maison le soir du réveillon...
Naturellement, les cars de touristes de la planète entière s'arrêtent là.
Rovaniemi, qui est la capitale de la Laponie finlandaise, est par ailleurs
une ville sans âme, peu représentative de cette province, à l'extrême sud
de laquelle elle est située. Son principal intérêt est de nous permettre
de refaire le plein de nos provisions (qui nous ont quand même permis de
tenir un mois depuis le départ !) avant de passer en Norvège. Car, comme
nous le dit un camping cariste français rencontré dans un super marché et
qui en arrive : " en Norvège, on ne trouve rien, et de toutes façons, c'est
très cher "... Il est vrai que les fruits et légumes sont déjà ici assez
nettement plus chers que chez nous. Quant aux alcools, n'en parlons pas.
Vendus dans des magasins d'état (Alko en Finlande, Systembolaget en Suède,
ou Vinmonopolet en Norvège) ils sont extrêmement taxés. Ceci pour réduire
l'alcoolisme, qui, avec le suicide, sont une plaie de la Scandinavie. Pour
ce qui est de l'alcoolisme, je n'ai pas vraiment l'impression que le but
soit atteint ! Si, à voir quand même à Rovaniemi : le musée Arktikum, qui
apprend beaucoup sur la vie des Sames (Lapons) au cours des âges.
C'est une nouvelle fois sous la pluie que nous partons ce matin. Kittilä,
Müonio, Enontekiö : la route 79 traverse des villes et des villages de plus
en plus clairsemés. Voilà un nouveau parc : celui de Pallastunturi. Les
tunturi sont ce paysage de " toundra ", de collines à la végétation de plus
en plus rase caractéristique de la Laponie. Les bouleaux deviennent de plus
en plus rares et rabougris, les sommets sont couverts de neige, et les lacs
en grande partie gelés. De loin en loin, on voit quelques tentes sames,
qui ressemblent comme des sœurs à des tipis indiens, et tout cela, balayé
par un vent glacial donne une idée assez fascinante de la Laponie. A Muonio,
nous verrons même une grand mère coiffée du bonnet traditionnel dans une
épicerie.
Nous
pouvons nous arrêter sans problème sur la route pour faire des photos, car,
bien qu'il s'agisse d'un axe important, il ne passe guère qu'un véhicule
toutes les demi-heures... A Kilpisjärvi, nous sommes au point le plus septentrional
de la Finlande. C'est l'endroit où se rejoignent les frontières de la Suède,
de la Norvège et de la Finlande. Järvi signifie " lac ", en finnois, et
celui-ci est gelé 220 jours par an.
On voit encore sur la glace les traces des motoneiges, aujourd'hui parquées
derrière les maisons, et qui sont le véhicule principal pendant l'hiver.
Le soir, je change les plaquettes de frein arrière de la Breva.
Mais je replace mal une des vis support de l'étrier, et ce n'est que 15
jours plus tard que je m'en apercevrai. Celui-ci a tourné, et les plaquettes
(neuves, donc !) auront été aux trois quarts usées en mordant de travers
sur le disque. Je jette de temps en temps un regard inquiet sur le pneu
avant, mais jusque là tout va bien.
Nous dormons au bord du lac, et la bande d'eau qui avait dégelé au bord
pendant la journée a regelé pendant la nuit ! Je rajoute une paire de gants
de soie sous les gants d'hiver,
ce que Lise a déjà fait depuis longtemps...
A la station service, un petit camping car s'arrête, et le couple qui descend
s'adresse à nous en français :
ce sont des savoyards... qui habitent le même village que moi, mais que
je ne connaissais pas !
Ils font à peu près le même circuit que nous, mais à l'envers... et en deux
fois moins de temps ! Si les villes et les villages sont de plus en plus
clairsemés, les pompes à essence aussi, et il vaut mieux prendre
ses précautions, même si l'autonomie de la Breva atteint les 300 km.
La
Norvège : que d'eau, que d'eau !
A la frontière, nous sommes surpris, car bien que nous quittions l'Union
Européenne, les douaniers nous laissent passer sans même sortir de leur
guérite. Deuxième surprise : alors que nous nous attendions à continuer
dans le même paysage semi-désertique, tout change en quelques km.
Le relief s'accentue, et les montagnes se couvrent à nouveau de forêts.
Comme le soleil se met de la partie, nous avons l'impression de changer
de monde. Nous prenons conscience qu'en Laponie finlandaise nous étions
montés insensiblement sur un plateau, car nous descendons maintenant vers
la mer
(aux confins de la Mer du Nord et de l'Océan Arctique, en fait).
C'est le 1er juin que nous arrivons à Tromsø. Nous imaginons qu'en France
on commence sérieusement
à porter le T shirt et à penser à la baignade. Mais ici, la mode est encore
au bonnet, à la veste polaire
et aux gants de laine. Il faut dire que la latitude à laquelle nous nous
trouvons se situe au nord de l'Alaska,
au dessus de l'Islande, et au 2/3 du Groenland, par exemple. C'est le Gulf
Stream qui tempère le climat,
et qui évite à la mer de geler en hiver, permettant à l'Express Côtier de
naviguer toute l'année.
La plupart des gens qui viennent dans ces contrées ont pour objectif le
Cap Nord. Ce n'est pas le nôtre, d'abord parce que c'est très loin : là
où nous sommes, il nous imposerait encore un détour (aller-retour)
de presque 600 km. Ensuite, c'est devenu une véritable arnaque touristique
:
il faut payer (cher) le tunnel sous la mer
(rappelons que le Cap Nord se situe sur l'île de Magerøya), à l'aller et
au retour, et ensuite payer (cher)
le parking bondé. Tout ça pour ne pas voir grand chose, car les trois quarts
du temps, le brouillard
et la tempête sont là. Les gens qui " font " le Cap Nord sur leurs congés
de 5 semaines me laissent perplexe.
Cela tient davantage du marathon sportif que du voyage.
Tromsø, donc. Belle ville, surnommée le Paris du Nord, à laquelle on accède
par un grand pont aux côtés duquel se trouve la Cathédrale Arctique à la
curieuse façade triangulaire.
Le très intéressant Polar Museet montre de façons très pédagogique les expéditions
polaires
d'Amundsen et de Nansen.
A partir de maintenant, notre cap quasi-permanent sera le sud.
Nous allons dégringoler d'île en île, sautant de l'une à l'autre par des
ponts ou des ferries.

Senja, puis l'archipel des Vesterålen. Paysages sauvages, falaises se jetant
dans la mer,
mais aussi prairies cultivées et villages de pêcheurs. Si la pêche à la
morue est terminée
(elle se pratique en janvier), en revanche, chaque village ou presque a
son séchoir à morue :
d'un côté les corps décapités sont pendus sous des sortes de claies, et
de l'autre ce sont les têtes
(destinées à être envoyées en Afrique pour faire de la soupe, paraît-il)
qui sèchent.
Bonjour l'odeur ! Sur l'île de Langoya, balade à pied le long de la mer.
Des Norvégiens (citadins peut être) ont construit là quelques petits chalets
où ils viennent passer leurs vacances ou les week end. Difficile de trouver
plus calme ! Mais nous sommes obligés de faire demi-tour à cause de la pluie,
et le soir, c'est la tempête qui se déchaîne. Impressionnant ! Inquiet de
retrouver au matin la moto jetée au sol par le vent, je ne ferme guère l'œil
de la nuit, mais heureusement, elle a été un peu protégée entre les deux
camping cars, et tout va bien.

A Melbu, nous prenons un nième ferry qui nous amène en 20 mn sur Austvågøya,
la première des îles Lofoten. Cet archipel est plus sauvage encore que celui
des Vesterålen.
Falaises noires plongeant dans la mer, et place plus réduite encore laissée
à la culture, petits villages blottis entre la montagne et la mer. Par contre,
côté oiseaux, nous sommes un peu déçus : nous avions imaginé voir des escadrilles
de mouettes, goélands, sternes arctiques et macareux,
mais ils ne sont pas si nombreux que ça, et les macareux,
par exemple, se cachent dans les îles inhabitées. Depuis longtemps, donc,
nous n'avons plus de nuit, mais ici, sur la façade maritime ouest, c'est
le moment ou jamais de voir le soleil de minuit ! En fait, il faudra attendre
plusieurs jours pour ne pas le voir disparaître derrière les nuages, et
là, la soirée au coin du feu de bois sera inoubliable. Un jeune allemand
qui campe tout seul dans la montagne vient partager avec nous le genépi
que nous avons sorti pour arroser l'événement ! Nous passons une bonne partie
de la nuit à admirer ce spectacle qui change sans cesse.

Au camping de Kabelvåg (car il faut bien prendre une douche et faire la
lessive de temps en temps !)
nous rencontrons un couple de Hollandais... d'un certain âge, ce qui nous
rassure, qui roule sur une ... 1000 Guzzi attelée à un side EML. Comme la
pluie ne cesse guère, ce matin ils ont plié la tente et trouvé refuge dans
la cuisine d'un bungalow... Henningvaer est un magnifique petit village
de pêcheurs au bout d'une presqu'île. Belles petites maisons en bois, et
pontons à " rorburer ". Les rorburer étaient des cabanes construites autrefois
pour les pêcheurs pour leurs campagnes de pêches (dans les temps encore
plus anciens, ils dormaient simplement sous leur barque retournée !!!).
Aujourd'hui, beaucoup de ces pittoresques cabanes ont été restaurées et
sont maintenant louées aux vacanciers. Le passage sur l'île suivante se
fait cette fois par un grand pont.
Le vent souffle très violemment, et, couchés sur la moto, en seconde à 40
km/h,
nous tenons toute la route !
La ville la plus au sud des îles Lofoten s'appelle Å (prononcer " O ").
Pour une fois, difficile de faire plus simple ! C'est encore un ferry qui
va nous amener en 3 h 30 à Bodø,
sur le " continent ". Sur le parking, un cinquantaine de motos nous rejoignent
(beaucoup plus que tout ce que nous avons vu jusque là !) C'est un club
de Hollandais qui arrivent du Cap Nord (ils font l'aller-retour en 15 j
!) Il y a là à peu près toutes les machines modernes du moment, en trails,
GT, et même une Ducati roadster. Comme quoi, on peut vraiment voyager avec
n'importe quoi...
Certaines sont même chevauchées par de fringantes motardes, qui ne semblent
pas avoir froid aux yeux. Autant dire que tout ce beau monde mettra une
belle ambiance pendant la traversée !
Les
dieux du camping car sont avec nous...
De Bodø à Trondheim, il y a 800 km qui présentent peu d'intérêt. Nous empruntons
la route E6,
qui est l'axe principal nord-sud de ce pays. La circulation devient de plus
en plus " dense " au fur et à mesure que l'on descend vers le sud. Même
si la route est plus large que dans les îles, ou il est parfois difficile
de se croiser, son revêtement n'est pas toujours des meilleurs.
Nous apprenons aussi à nous méfier des cartes routières, car après avoir
beaucoup tourné,
nous nous rendons compte à plusieurs reprises que le lieu de notre rendez-vous
n'existait
que sur la carte, ou avait tout bonnement changé de nom...
Tout près de la ville de Rognan, Claude arrive à l'étape en disant que le
voyant de charge reste allumé,
et que la direction est devenue soudainement très dure. Nous soulevons le
capot, et nous trouvons la cause : sur la tôle qui se trouve sous le moteur
gisent la poulie qui entraîne l'alternateur et la pompe d'assistance à la
direction, la clavette (heureusement !) les deux courroies, et une entretoise,
qui est tout simplement partie en morceaux. C'est cette entretoise qui a
libéré la poulie. Conseil de guerre : c'est le week end,
nous sommes à une centaine de km au nord du cercle polaire, sur un petit
chemin forestier qui longe un cimetière où sont enterrés des soldats yougoslaves,
russes et allemands. Notre situation est certes moins pire que la leur,
mais que faire ? Coup de fil à Europe assistance : " allo maman, bobo "
?
Le lendemain matin, avec Lise, nous mettons toutes les pièces dans un sac,
et nous partons en moto investiguer à la ville voisine. La première chose
que nous voyons est un garage Fiat ! Il n'auront sûrement pas la pièce,
mais au pire, ça pourra toujours servir... Plus loin, une pompiste nous
dit que nous ne trouverons rien avant Mo I Rana (à 150 km au sud)... Enfin,
nous tombons sur un chantier naval où des ouvriers sont en train de désosser
un vieux rafiot (non, non, ce n'est pas le Clémenceau !) Le patron coupe
le moteur et descend de sa grue pour me demander ce que je veux. Rien que
pour ça, je suis déjà prêt à le remercier. Il examine le tout, pose quelques
questions, et me dit : " Revenez demain à midi, la pièce sera prête ". L'après-midi,
le cœur plein de reconnaissance, nous nous promenons à pied avec Lise sur
le chemin tandis que les cyclistes sont partis se balader à vélo. Tout à
coup, nous croisons un 4x4 au volant duquel je reconnais mon patron grutier.
Il avait déjà fabriqué la pièce (rappelons que nous sommes dimanche), et
venait nous l'apporter à domicile. Nous nous répandons en remerciements,
le payons et lui offrons en cadeau une bouteille de vin français (si, si
il nous en reste encore).
Je me mets à la renverse sous le camping car, et en 1h, le tout sera remonté.
Voilà de quoi nous faire revoir notre opinion des Scandinaves, que nous
jugions froids, voire indifférents !
Un mois après la première fois, nous repassons le cercle polaire, dans l'autre
sens. Pas de père Noël, cette fois-ci, mais sur le plateau glacial battu
par les vents, un monument un peu défraîchi , et on peut envoyer des cartes
postales avec le tampon du cercle polaire...
Toujours
de l'eau :
la Norvège des fjords Après avoir visité Trondheim au pas de charge, nous
remettons le cap vers le sud. Kristiansund est une jolie ville bâtie sur
3 îles. La côte est incroyablement découpée, et le nombre d'îles et d'îlots
impressionnant. C'est à se demander si en Norvège, il n'y a pas plus d'eau
que de terre ! Ponts, tunnels, en montée, en descente, en virage à angle
droit, et dont le goudron s'arrête quelquefois au milieu, sans préavis.
Certains sont à péage (pas pour les motos), mais pas le plus grand : 24,5
km quand même !
La route des Trolls est celle qui va d'Andalsnes à Geiranger.
Elle est célèbre, car très impressionnante, même pour des Alpins comme nous
: lacets, ravins, névés, chutes d'eau. A Geiranger, un grand classique est
la balade en bateau sur le fjord, qui permet d'admirer les falaises abruptes
et les nombreuses cascades. Ces fjords, qui sont la grande caractéristique
de cette région de la Norvège sont des bras de mer qui s'enfoncent très
loin (parfois plus de 100 km) à l'intérieur des terres. Avec ça, étonnez-vous
que la Norvège soit un peuple de marins ! Les deux plus célèbres sont le
Geirangerfjord, et le Sognefjord. Un peu plus au sud, ce sont les glaciers
qui pointent leur nez. A Briksdal, nous irons même faire un petit tour à
pied jusqu'à toucher le Jostedalsbreen,
qui ne dépasse guère les 2000 m (au-dessus de la mer, mais la mer n'est
pas loin...)
Nous voilà déjà à Bergen, la grande ville de la côte. Il y pleut paraît-il
200 jours par, mais nous verrons quand même le soleil... pendant quelques
minutes. J'ai prévu d'y faire la vidange de la moto (moteur, boîte, pont)
car, même si la révision complète a été faite peu avant de partir, 9000
km ont déjà été avalés depuis, autant dire que la date est largement passée
!
Chez le concessionnaire Moto Guzzi, j'ai le temps d'admirer la Griso, puis
d'encaisser la facture :
1500 couronnes (soit à peu près 200 €) ! L'heure de main d'œuvre est déjà
à 75 €, ce qui pourrait faire rêver certains... Il faut dire que le boom
du pétrole de la Mer du Nord a entraîné une grimpée en flèche des salaires...
et des prix, surtout pour nous " pauvres " européens du sud !
J'aurais dû simplement acheter un filtre et faire la vidange moi-même dans
une station service.
Je le saurai pour une autre fois. Encore un coup d'œil au pneu avant : ça
va.
A Bergen, la place du marché et les façades colorées de la vieille ville
valent largement le détour.
Pour une fois, nous achetons du saumon frais et des crustacés : c'est un
délice
La
Norvège des stavkirkes
La route qui descend vers Oslo, en particulier par la vallée de la Numendal
est un régal pour les yeux. C'est la région des " stavkirkes " églises en
bois debout, dont certaines datent du XIIème siècle, et qui ressemblent
beaucoup à celles qu'on peut voir dans l'est de la Slovaquie, par exemple.
Il n'en existe plus guère qu'une trentaine sur les quelques centaines qui
ont été construites. Vik, Borgund, ou encore Heddal sont incontournables.
L'intérieur y est souvent très sombre, mais dans la pénombre, on aperçoit
parfois des merveilles. La vallée de la Numendal est réputée pour ses belles
fermes et ses greniers en bois, dont certains sont de véritables oeuvres
d'art. Petite séance de mécanique encore (prévue celle là) pour changer
les plaquettes de frein avant de la Breva.
Cette fois, ça y est : à force de descendre vers le sud, on a fini par se
retrouver devant la mer, à Oslo.
Pas grand chose à dire sur cette capitale, qui a détrôné Tokyo pour devenir
paraît-il la ville la plus chère du monde ! Des musées intéressants quand
même, notamment celui du Fram des expéditions polaires,
et celui du Kon Tiki, du célèbre Thor Heyerdal, ou le parc Vigeland. Des
statues en bronze pittoresques aussi, disséminées dans la ville, et bien
situées dans le contexte : deux amoureux à une table de café,
une femme en échasses dans un canal...
Là
où la boucle est bouclée...
En fait, pour Lise et moi, à Oslo c'est surtout le moment de prendre congé
des camping caristes, car nous avons décidé de descendre directement sur
l'Allemagne, alors qu'eux vont encore traîner un peu du côté de la Suède
et de Göteborg. Deux jours plus tôt, nous avons fêté ensemble mon anniversaire,
débouchant encore de bonnes bouteilles soigneusement cachées dans l'attente
de ce moment...
Depuis le parking d'embarquement de la Color Line, nous regardons l'équipage
du Kongprinz qui va nous emmener à Kiel (Allemagne) s'entraîner au maniement
des gilets et des chaloupes de sauvetage.
Espérons que n'aurons pas à nous en servir ! C'est sur le bateau que je
fais la connaissance d'un motard norvégien bien sympathique. Il est parti
visiter l'Europe sur une Triumph Tiger, et quand je lui demande en combien
de temps, il me répond : " It's open ! " Pas de problème de dates...
Nous regardons le match Italie-Australie en sirotant une bière, puisque
la coupe du monde est commencée, ce qui ne fait guère de bruit en Norvège...
Comme à Stockholm, la sortie du fjord d'Oslo se fait au milieu d'un grand
nombre d'îles. Comme nous nous y sommes pris à la dernière minute, nous
n'avons pas pu obtenir de cabine -du moins dans nos prix- Nous avons pris
des billets " fauteuils ", mais finalement,
nous jugeons plus pratique de passer la nuit carrément par terre, sur la
moquette,
et nous dormons comme des loirs, contrairement aux Français rencontrés sur
le port,
dont les voisins de cabine avaient un chien peu discret, et qui n'ont pas
fermé l'œil !
Vingt
heures plus tard, nous débarquons à Kiel, et nous reprenons tout de suite
notre fastidieuse traversée autoroutière de l'Allemagne. Nous avons troqué
le top case contre un gros sac qui contient tout notre matériel de camping.
Nous n'aurons malheureusement guère l'occasion de l'utiliser, car à l'étape
du soir,
du côté de Göttingen, nous recevons coup sur coup deux énormes averses qui
nous font rechercher une gasthaus. Après avoir beaucoup tourné, nous en
trouvons une très agréable et peu chère, en pleine campagne. En Alsace nous
passons encore deux merveilleuses journées chez des amis du côté d'Haguenau.
Les maisons à colombages et les paysages alsaciens, sous le soleil revenu,
sont un véritable enchantement. A Strasbourg, on prépare le départ imminent
du Tour de France, et c'est déviations et compagnie.
Fuyons ! Retour en Allemagne (autoroutes gratuites !), Suisse, et nous voilà
à la porte de la maison.
Une dernière frayeur : je me suis embarqué par erreur sur l'Autoroute Blanche
en direction de Chamonix. Ca bouchonne ferme, et un champion du volant arrive
à pleine vitesse dans une courbe sans visibilité dans un coupé Mercedes.
Gros coup de frein, embardée, et arrêt à quelques mm des derniers véhicules
arrêtés. Heureusement que nous nous étions placés, warning allumé, sur la
bande d'arrêt d'urgence !
En plus, le réservoir est à sec, et quand nous trouvons enfin une pompe,
le voyant est allumé depuis si longtemps que nous devions en être aux dernières
gouttes !
Après la Laponie, ça aurait été un comble !
Le mois de Juillet est déjà là : laissons la place aux vacanciers.
Nous avons parcouru 10000 km pendant ces deux mois. Un coup d'œil sur le
pneu avant : c'est bon :
il nous permettra encore d'aller voir Robert et ses Velocette à Perpignan
dans quelques temps !
Que
conclure de tout cela ?
La Scandinavie : Certes, pour des gens qui
viennent d'une région où les forêts et l'eau ne manquent pas, c'est moins
dépaysant que le Maroc ou la Grèce, par exemple. C'est aussi bien moins
dépaysant par la culture et la religion. Cela dit, les paysages de la Laponie,
ou les fjords norvégien valent quand même le détour. Il y a aussi le climat.
Certes, quand on part pour ces contrées, on sait bien qu'on ne va pas sur
la Costa Brava. Mais il faut dire que cette année, nous avons quand même
été particulièrement peu gâtés par le temps, et le thermomètre flirtait
plus souvent avec les 10° qu'avec les 30. Il faut également (quand on peut
!) choisir sa période. Si le fait de partir au printemps permet d'éviter
la cohue (quand même relative), la température sera forcément plus basse
qu'en été, la végétation moins développée (en Finlande au mois de mai, on
davantage l'impression d'être à la fin de l'hiver que réellement au printemps,
alors que dans un voyage précédent en juillet, nous nous étions baignés
dans les lacs jusqu'au-delà du cercle polaire),
et beaucoup de sites de visite sont fermés. Par contre, cela permet d'éviter
les moustiques,
qui sont un réel problème.
Les Scandinaves : Certes, nous imaginions bien
que nous n'allions pas trouver des éleveurs de rennes nous invitant à venir
partager leur maigre pitance sous la tente. Mais il faut bien dire que d'une
manière générale, il est extrêmement difficile de nouer des contacts. On
a l'impression qu'il est de mauvais goût de s'occuper des affaires des autres,
et donc d'aller vers eux. Le patron grutier et le motard norvégien auront
été pour nous d'agréables exceptions. Mais peut être disent-ils la même
chose des Savoyards !!! Nous avons aussi regretté de constater que, si nous
placions les gens du nord sur un piédestal pour ce qui concerne le respect
de l'environnement et l'utilisation des énergies renouvelables, la réalité
est un peu différente (à part les Danois) : chez les Norvégiens par exemple,
le tri sélectif des ordures n'est pas plus pratiqué que chez nous, et malgré
tout le vent qui souffle sur leur façade maritime, nous n'y avons pas aperçu
une seule éolienne. Quant aux voitures à moteur hybride, par exemple, elles
sont comme chez nous infiniment moins nombreuses que les énormes 4x4 " de
ville ".
La
Breva : RAS, et
ce n'est pas le moindre des compliments. Tout au plus un bouton de démarreur
parfois récalcitrant (mauvais contact ?) sur la fin, et un joint spi de
vilebrequin côté embrayage très légèrement fuyant (grosse partie de mécanique
en perspective pour plus tard). Sans doute les petits défauts (de jeunesse)
constatés en Turquie se sont-ils résorbés. Sinon, toujours présente, quel
que soit le temps (le plus souvent humide et froid !), avec toujours les
même qualités de légèreté et de maniabilité. Incontestablement, les amortisseurs
EMC sont bien supérieurs à ceux d'origine, du moins quand on en a trouvé
les bons réglages, en compression et en détente, ce qui est loin d'être
évident.
Mais à 680 € la paire, c'est heureux ! Les valises (tout à fait indispensables
à mon sens pour voyager)
sont de marque Hepco, allemandes, même si Moto Guzzi s'est contenté d'y
apposer (mal) ses autocollants. Elles sont pratiques, bien qu' elles comportent
3 serrures pour les fermer et les verrouiller sur la moto,
avec une clé particulière (1 seule serrure, avec la clé de la moto sur les
BM, par exemple).
Par contre, elles prennent du jeu, auquel j'ai remédié en les montant sur
silent blocs, et elles ne sont pas
du tout étanches. Mais j'en suis à ma sixième paire de valises, et je n'en
ai jamais connu qui étaient étanches. Si quelqu'un a une idée...
Pour terminer, je confirme que ce genre de moto polyvalente me paraît idéal
pour voyager, avec un bon équipement, naturellement. Certes, les grosses
GT sont plus confortables et protègent mieux, essentiellement sur autoroute.
Mais il se trouve que, dans un voyage tel que celui-ci, les autoroutes représentent
moins du tiers en km, et 4 jours sur 60 ! Et les gros carénages enveloppants
dans les chemins... Bien sûr, les trails, avec leur garde au sol et leur
débattement de suspension plus importants, leurs pneus (en principe) plus
adaptés s'en tireraient mieux " hors goudron ", mais il faut alors vraiment
choisir les chemins muletiers et des pentes à 20 % ! Et ils ont d'autres
inconvénients, la hauteur de selle notamment.
Alors, la même, mais en 1100 ? Pas du tout.
Le 750, même si dans les cas extrêmes il manque un peu de pêche, me paraît
plus que suffisant,
et reste une moto à taille humaine, à un prix encore raisonnable.
Sans compter que sur de telles machines les six vitesses me paraissent bien
plus une lubie
des services commerciaux qu'une réelle nécessité technique