

Acheter
une Moto Guzzi lorsqu'on ne connaît pas la marque et que l'on n'est pas bricoleur,
est-ce accepter de prendre des risques soi-disant peu répandus sur les motos
japonaises au niveau de la fiabilité,
de la disponibilité des pièces et de la facilité de revente ?
Est-ce faire un acte de résistance aux temps qui courent, opposer l'authenticité
aux effets de mode touchant la moto
ou tout simplement chercher à délibérément s'écarter du motard commun ?
En tout cas, c'est un
joli pied de nez au conformisme ambiant.
Et oui, même les motards rebelles semblent avoir disparu
et roulent sur des motos élaborées par des bureaux de marketing. La vérité,
c'est que le motard a évolué et qu'il s'est diversifié (regardez toutes les
catégories motos aujourd'hui par rapport à ce qui existait avant).
Souvent profane en mécanique et non adepte du blouson noir, il aime rouler
nez au vent et rien que pour ça,
il est toujours motard. Par contre, il est souvent sportif et urbain.
La puissance est d'ailleurs trop souvent l'argument principal de vente.
C'est pourquoi les performances des machines sportives des années 1980 feraient
aujourd'hui sourire
et feraient bien piètre figure dans la presse spécialisée.
A titre d'exemple, la célèbre Suzuki 600 Bandit équipé d'un moteur dérivé
jadis d'une sportive GSXR est passée du stade du roadster sportif à l'utilitaire
économique où encore à la moto de débutant.
Pour qui ? Pour les bureaux de marketing des fabricants de moto et leur fidèle
relais consumériste,
j'entends par-là la presse spécialisée. Les assureurs, qui connaissent eux
l'accidentologie moto, en sont beaucoup moins sûrs. La fabrication de moto
fait appel à de plus en plus de technologie, elles sont de plus en plus fiables
et puissantes, mais pour amortir tous ces frais il faut vendre ce qui revient
à volontairement démoder l'ancien modèle afin de promouvoir le nouveau (cela
ne ressemble t-il pas à la guerre des marques en catégorie sportive,
méthode récemment reprise par Ducati avec ses innombrables modèles Monster?).
Les conducteurs apprenti pilotes verront-ils la différence ? Moins sûrement
que leur portefeuilles.
Tout cela est complaisamment relayé par la presse moto car eux aussi veulent
vendre leurs magasines chaque mois. Ainsi, l'industrie de la moto s'est standardisée
sur un profil sans cesse plus sportif de la moto.
Pourtant, à l'époque des sportives des années 1980, et sans même rouler sur
des sportives, les conducteurs n'avaient pas l'air de s'ennuyer. Il y avait
en outre moins de circulation sur les routes et les dépassements de vitesse
étaient moins sanctionnés, c'était donc plus facile que de rouler aujourd'hui
avec 100 CV.
Mais
qu'en est-il au chapitre des sensations moteur et du plaisir de conduite ?
Et Moto Guzzi là dedans ? Moto Guzzi a peu évolué et propose toujours, peu
ou prou, les mêmes modèles.
Face aux motos rétros/classiques sorties pour faire face à une nouvelle demande
(voir Ducati et Triumph),
j'ai pu lire que Moto Guzzi ne faisait pas partie de ce courant de mode car
en réalité Moto Guzzi n'avait jamais cessé de faire des motos classiques.
Ca me plait ainsi. Alors, allons vite voir ce que propose ce petit constructeur
depuis 2003 : une Breva V 750 IE.
LA
BREVA V 750 IE,
LA PREMIERE MOTO GUZZI REVUE ET VISITEE PAR APRILIA
J'ai 17 ans de moto
pour 5 motos (Honda 600 XLR, Honda 600 XLRM, Yamaha 200 DTR, Suzuki 600 BANDIT,
Yamaha 850 TDM) et j'ai abandonné le trail lorsque j'ai quitté mes chemins
de campagne pour la région Parisienne.
Vous l'avez deviné, je ne suis pas un fan de vitesse. Je cherchais à remplacer
ma Yamaha TDM 850
par un twin moins lourd, moins rapide mais procurant davantage de sensations
de conduite et qui fasse moins plastique. Comme beaucoup, j'ai fait le tour
de la production et, première surprise, je n'ai remarqué aucune moto Japonaise
: Harley Sporster 883, Ducati Monster 620, Triumph Bonneville 800, BMW 850
R.
Après essais, la Sporster et la Monster se sont détachées mais pas suffisamment
pour que j'ai envie d'en faire ma nouvelle monture. Puis, j'ai découvert l'article
du site Moto Station sur la Breva 750.
Sa lecture m'a convaincu que je devais l'essayer même si Moto Guzzi m'était
quasiment inconnue et que, comme tout motard moyen, je ne nourrissais que
des à priori négatifs sur cette marque italienne.
Motobel (Levallois) m'en a gentiment prêté une.
Premières
impressions en statique.
Certes, c'est un roadster mais il n'a pas l'air sportif, ses combinés arrière
font désuets ou rétros, et le tout dans une cylindrée peu répandue : 750 cm3.
Esthétiquement, je la trouve moyenne, elle manque d'agressivité
mais à défaut d'être jolie les proportions d'ensemble sont plutôt réussies.
Elle respire moins le plastique que les autres motos et en gris anthracite,
elle devient même élégante.
Cependant l'association des couleurs est peu commune (nuances de gris et bronze,
selle rouge dans le coloris gris). En tout cas, je trouve cela nettement mieux
que mon ancienne TDM. La moto est d'un petit gabarit, l'instrumentation est
pratique et complète (horloge, warning, température extérieure,
voyant de réserve au lieu du robinet de réserve).
L'essai
dynamique.
Coup de démarreur : celui-ci tourne lentement mais la moto démarre. Immédiatement,
les embouts de guidons sont pris de légères vibrations et j'aperçois en m'installant
que je sens le moteur à travers toute la moto. Tiens, c'est rigolo ça me rappelle
le 500 XT. En tout cas, pour moi, c'est un bon début.
Je démarre avec prudence en me méfiant du style soi-disant imposé lors de
la conduite d'une Guzzi,
avec ce sentiment de conduire quelque chose de particulier. En fait le moteur
est exceptionnellement souple
et il reprend ensuite comme un gros mono. Et moi, j'adore le comportement
moteur du gros mono (ceux fabriqués avant les nouvelles normes de pollution
surtout). J'ai la très agréable sensation de conduire un gros mono qui enroule
un peu plus fort qu'un gros mono, reprend à 1500 tours en 5ème sans cogner
mais sans la fadeur
d'un quatre cylindres, avec de très bonnes reprises dès 2000 tr/mn (la Breva
propose ses plus fortes valeurs de couple dès 2000 tr/mn) et qui monte plus
haut en régime qu'un gros mono.
Bref, un super gros mono, pardon twin, avec un joli bruit.
En 15 minutes, j'ai compris. J'ai immédiatement compris que j'adorais ce moteur
pour les sensations nombreuses
et riches qu'il distillait. Ce moteur est bourré
de couple et, cerise sur le gâteau, il est conduisible par un motard japonisant
normal. Alors que je monte dans les tours (au dessus de 5000 tr/mn, ce qui
est en fait inutile
car elle atteint pratiquement sa puissance maximum à ce régime) je m'aperçois
que je ne vais pas trop vite.
" Super " me dis-je voilà une moto avec laquelle j'aurais enfin le plaisir
de varier les régimes moteurs
et d'accélérer sans trop craindre pour mon permis ou ma sécurité.
Bref, je ne serai pas obligé de rouler à bas régime tous les jours où de ne
passer que les premiers rapports.
J'ai lu dans un Moto Journal du 28 mai 2003 où elle était comparée à une Yamaha
1100 Bulldog et à une Suzuki SV 650 qu 'en sensations moteur, le V-twin Guzzi
est imbattable ".
Sans les avoir essayées, je veux bien le croire. Dans un autre comparatif
(Moto revue du 18 septembre 2003),
face à une Bonneville T 100 (vous savez le même moteur que la Thruxton) et
la Harley 883 R
j'ai encore lu " la Breva offre le comportement le plus sportif de ce test
". N'exagérons rien, c'est une moto de ballade, mais c'est vrai plus vive,
précise et enjouée que la Harley ou la Bonneville.
Dans cette moto, on sent le moteur, c'est lui le chef d'orchestre. A un tel
point que lorsque j'essayais le soi-disant excellent moteur équipant la Ducati
1000 GT, je trouvais que ce dernier manquait de sensations
et de vibrations (mais pas de puissance).
Même si la sonorité est discrète, c'est la mélodie d'un twin culbuté et l'on
sent le moteur à travers
toute la machine. Voilà une moto pensée pour rouler nez au vent, même à deux,
avec un moteur de caractère offrant souplesse, couple, vibrations et sonorité
en même temps qu'une bonne agilité, dans un écrin de légende. Mais amateurs
d'accélérations hurlantes, passez votre chemin.
Il est temps pour moi de la rendre au concessionnaire, le temps d'apprécier
sa remarquable maniabilité en ville.
Le centre de gravité bas allié à des pneus étroits et une faible consommation
en font une moto dont la conduite
est spontanée et très agréable. J'imagine qu'elle n'a certainement pas le
caractère des anciennes Guzzi :
c'est en fait la première Moto Guzzi revue et modernisée
par le Groupe Aprilia, désormais aux commandes (2003).
C'est en tout cas une moto facile d'accès mais avec beaucoup de caractère
(à l'inverse des twins anglais….)
et néanmoins de bonnes dispositions dynamiques (à l'inverse cette fois ci
du twin américain)
sans se retrouver aux commandes d'un twin sportif (le cousin italien).
Et
les performances ?
Côté chiffres, elle a exactement, un ou ou deux dixième de seconde près, les
mêmes reprises de 50 à 90 km/h
et de 90 à 130 km/h qu'une BMW R 850 R et de 90 à 130 km/h qu'une Monster
620 5 vitesses
(cette dernière faisant une demi-seconde de mieux de 50 à 90).
Ces chiffres servent juste à donner un ordre d'idée des performances de la
Breva 750 : supérieure à ce que l'on voudrait bien penser et tout cas suffisantes
pour devancer même des voitures sportives.
D'ailleurs, mon frère qui roulait en BMW R 850 R était bien surpris d'apprendre
que la Breva faisait environ 20 CV
de moins, et pour cause : plus légère que la BMW, ses reprises sont identiques.
Par contre, je n'ai pas réussi à voir la courbe de couple de la Ducati 620
I.E. mais les valeurs sont strictement identiques à la différence que la Monster
l'atteint à 6.750 tr/mn tandis que la Breva l'atteint dès 3.600 tr/mn ! Toujours
pour comparer avec cette moto, la différence de poids à sec entre ces deux
machines n'est que de 5 kg. Un petit tour sur un axe rapide : à 110 km/h elle
tourne (comme une horloge) à 4500 tr/mn.
A la même vitesse, une Monster 620 (6 vitesses) tourne à 5000 tr/mn et une
Suzuki SV 650 tourne à 5400 tr/mn.
Mes
impressions deux ans plus tard.
Depuis, au guidon de la mienne, j'ai pu savourer le fait de rouler en écoutant
le moteur sans bruit parasite
de roulement de la chaîne : merci le cardan ! C'est frappant en roulant le
long d'un mur ou dans un tunnel.
Chose rare, les concepteurs de cette moto l'ont réellement conçue pour le
duo : pas de strapontin ou de repose-pieds hauts placés, et même le mauvais
amortisseur arrière se comporte beaucoup mieux en duo.
Puisqu'il parait que je parle d'une machine à la conception antédiluvienne,
vous en connaissez beaucoup de 750 cm3 (à cardan qui plus est) qui pèsent
182 kg à sec ?
Je regrette son esthétique un peu trop simple ou timide pour mes goûts, je
la préfèrerai en Griso mais d'un autre côté je ne veux pas d'une moto qui
pèse 230 kg.
Tiens, au printemps j'irai emprunter un petit chemin de terre à travers champs,
comme l'année dernière.
Conclusion
Vous le voyez,
cette moto m'a réservé de nombreuses (bonnes surprises).
La mienne a 16.000 km et je dois dire que c'est la moto avec laquelle j'ai
eu le moins de soucis mécaniques,
d'une part (je croise les doigts car elle est encore très jeune), et qui m'a
coûté le moins cher à entretenir,
d'autre part (merci le cardan, le frein moteur, les petits pneus etc.).
Fiabilité :
Moins de problèmes que sur mes précédentes motos.
Disponibilité de pièces : 48 heures pour une selle.
Revente :
j'ai essayé et cela aura été ni plus long ni moins long que sur mes autres
motos (2 mois).
C'est vrai qu'elle ne fait pas 100 CV et qu'au 400 DA on trouve mieux presque
partout.
Mais à ceux qui roulent plus qu'ils ne pilotent, à ceux là elle conviendra
merveilleusement.
Et elle en sera pas bradée ou démodée par Moto Guzzi.
Et si elle l'est demain, on pourra dire que son moteur a bien vécu puisqu'il
n'est qu'une reprise du moteur de la Nevada, lui-même issu de la Guzzi V7
de 1967.
Et si vous surprenez quelqu'un à regarder votre moto, son architecture moteur
ou s'attarder sur l'écusson
ou la marque inscrite
sur votre réservoir, souriez ! Vous verrez que cette marque dégage un fort
capital sympathie, un peu comme si on roulais en ancienne sauf que ce n'est
pas une ancienne.
Guzziste moi ?
Allez, peut-être.
En tout cas, c'est bien la première fois que je ressens de l'attachement à
une marque.
Alexis.
Forza
Moto Guzzi