L'AVIS COMPLET D'ALEXIS
MOTO GUZZI BREVA V 750 I.E.

ACHETER UNE MOTO GUZZI :
UN CHOIX NON-CONFORMISTE.

Acheter une Moto Guzzi lorsqu'on ne connaît pas la marque et que l'on n'est pas bricoleur,
est-ce accepter de prendre des risques soi-disant peu répandus sur les motos japonaises au niveau de la fiabilité,
de la disponibilité des pièces et de la facilité de revente ?
Est-ce faire un acte de résistance aux temps qui courent, opposer l'authenticité aux effets de mode touchant la moto
ou tout simplement chercher à délibérément s'écarter du motard commun ?


En tout cas, c'est un joli pied de nez au conformisme ambiant.
Et oui, même les motards rebelles semblent avoir disparu
et roulent sur des motos élaborées par des bureaux de marketing. La vérité, c'est que le motard a évolué et qu'il s'est diversifié (regardez toutes les catégories motos aujourd'hui par rapport à ce qui existait avant).
Souvent profane en mécanique et non adepte du blouson noir, il aime rouler nez au vent et rien que pour ça,
il est toujours motard. Par contre, il est souvent sportif et urbain.
La puissance est d'ailleurs trop souvent l'argument principal de vente.
C'est pourquoi les performances des machines sportives des années 1980 feraient aujourd'hui sourire
et feraient bien piètre figure dans la presse spécialisée.
A titre d'exemple, la célèbre Suzuki 600 Bandit équipé d'un moteur dérivé jadis d'une sportive GSXR est passée du stade du roadster sportif à l'utilitaire économique où encore à la moto de débutant.
Pour qui ? Pour les bureaux de marketing des fabricants de moto et leur fidèle relais consumériste,
j'entends par-là la presse spécialisée. Les assureurs, qui connaissent eux l'accidentologie moto, en sont beaucoup moins sûrs. La fabrication de moto fait appel à de plus en plus de technologie, elles sont de plus en plus fiables et puissantes, mais pour amortir tous ces frais il faut vendre ce qui revient à volontairement démoder l'ancien modèle afin de promouvoir le nouveau (cela ne ressemble t-il pas à la guerre des marques en catégorie sportive,
méthode récemment reprise par Ducati avec ses innombrables modèles Monster?).
Les conducteurs apprenti pilotes verront-ils la différence ? Moins sûrement que leur portefeuilles.
Tout cela est complaisamment relayé par la presse moto car eux aussi veulent vendre leurs magasines chaque mois. Ainsi, l'industrie de la moto s'est standardisée sur un profil sans cesse plus sportif de la moto.
Pourtant, à l'époque des sportives des années 1980, et sans même rouler sur des sportives, les conducteurs n'avaient pas l'air de s'ennuyer. Il y avait en outre moins de circulation sur les routes et les dépassements de vitesse étaient moins sanctionnés, c'était donc plus facile que de rouler aujourd'hui avec 100 CV.

Mais qu'en est-il au chapitre des sensations moteur et du plaisir de conduite ?
Et Moto Guzzi là dedans ? Moto Guzzi a peu évolué et propose toujours, peu ou prou, les mêmes modèles.
Face aux motos rétros/classiques sorties pour faire face à une nouvelle demande (voir Ducati et Triumph),
j'ai pu lire que Moto Guzzi ne faisait pas partie de ce courant de mode car en réalité Moto Guzzi n'avait jamais cessé de faire des motos classiques. Ca me plait ainsi. Alors, allons vite voir ce que propose ce petit constructeur depuis 2003 : une Breva V 750 IE
.

LA BREVA V 750 IE,
LA PREMIERE MOTO GUZZI REVUE ET VISITEE PAR APRILIA

J'ai 17 ans de moto pour 5 motos (Honda 600 XLR, Honda 600 XLRM, Yamaha 200 DTR, Suzuki 600 BANDIT, Yamaha 850 TDM) et j'ai abandonné le trail lorsque j'ai quitté mes chemins de campagne pour la région Parisienne.
Vous l'avez deviné, je ne suis pas un fan de vitesse. Je cherchais à remplacer ma Yamaha TDM 850
par un twin moins lourd, moins rapide mais procurant davantage de sensations de conduite et qui fasse moins plastique. Comme beaucoup, j'ai fait le tour de la production et, première surprise, je n'ai remarqué aucune moto Japonaise : Harley Sporster 883, Ducati Monster 620, Triumph Bonneville 800, BMW 850 R.
Après essais, la Sporster et la Monster se sont détachées mais pas suffisamment pour que j'ai envie d'en faire ma nouvelle monture. Puis, j'ai découvert l'article du site Moto Station sur la Breva 750.
Sa lecture m'a convaincu que je devais l'essayer même si Moto Guzzi m'était quasiment inconnue et que, comme tout motard moyen, je ne nourrissais que des à priori négatifs sur cette marque italienne.
Motobel (Levallois) m'en a gentiment prêté une.

Premières impressions en statique.
Certes, c'est un roadster mais il n'a pas l'air sportif, ses combinés arrière font désuets ou rétros, et le tout dans une cylindrée peu répandue : 750 cm3. Esthétiquement, je la trouve moyenne, elle manque d'agressivité
mais à défaut d'être jolie les proportions d'ensemble sont plutôt réussies.
Elle respire moins le plastique que les autres motos et en gris anthracite, elle devient même élégante.
Cependant l'association des couleurs est peu commune (nuances de gris et bronze, selle rouge dans le coloris gris). En tout cas, je trouve cela nettement mieux que mon ancienne TDM. La moto est d'un petit gabarit, l'instrumentation est pratique et complète (horloge, warning, température extérieure,
voyant de réserve au lieu du robinet de réserve).

L'essai dynamique.
Coup de démarreur : celui-ci tourne lentement mais la moto démarre. Immédiatement,
les embouts de guidons sont pris de légères vibrations et j'aperçois en m'installant que je sens le moteur à travers toute la moto. Tiens, c'est rigolo ça me rappelle le 500 XT. En tout cas, pour moi, c'est un bon début.
Je démarre avec prudence en me méfiant du style soi-disant imposé lors de la conduite d'une Guzzi,
avec ce sentiment de conduire quelque chose de particulier. En fait le moteur est exceptionnellement souple
et il reprend ensuite comme un gros mono. Et moi, j'adore le comportement moteur du gros mono (ceux fabriqués avant les nouvelles normes de pollution surtout). J'ai la très agréable sensation de conduire un gros mono qui enroule un peu plus fort qu'un gros mono, reprend à 1500 tours en 5ème sans cogner mais sans la fadeur
d'un quatre cylindres, avec de très bonnes reprises dès 2000 tr/mn (la Breva propose ses plus fortes valeurs de couple dès 2000 tr/mn) et qui monte plus haut en régime qu'un gros mono.
Bref, un super gros mono, pardon twin, avec un joli bruit.
En 15 minutes, j'ai compris. J'ai immédiatement compris que j'adorais ce moteur pour les sensations nombreuses
et riches qu'il distillait. Ce moteur est
bourré de couple et, cerise sur le gâteau, il est conduisible par un motard japonisant normal. Alors que je monte dans les tours (au dessus de 5000 tr/mn, ce qui est en fait inutile
car elle atteint pratiquement sa puissance maximum à ce régime) je m'aperçois que je ne vais pas trop vite.
" Super " me dis-je voilà une moto avec laquelle j'aurais enfin le plaisir de varier les régimes moteurs
et d'accélérer sans trop craindre pour mon permis ou ma sécurité.
Bref, je ne serai pas obligé de rouler à bas régime tous les jours où de ne passer que les premiers rapports.
J'ai lu dans un Moto Journal du 28 mai 2003 où elle était comparée à une Yamaha 1100 Bulldog et à une Suzuki SV 650 qu 'en sensations moteur, le V-twin Guzzi est imbattable ".
Sans les avoir essayées, je veux bien le croire. Dans un autre comparatif (Moto revue du 18 septembre 2003),
face à une Bonneville T 100 (vous savez le même moteur que la Thruxton) et la Harley 883 R
j'ai encore lu " la Breva offre le comportement le plus sportif de ce test ". N'exagérons rien, c'est une moto de ballade, mais c'est vrai plus vive, précise et enjouée que la Harley ou la Bonneville.
Dans cette moto, on sent le moteur, c'est lui le chef d'orchestre. A un tel point que lorsque j'essayais le soi-disant excellent moteur équipant la Ducati 1000 GT, je trouvais que ce dernier manquait de sensations
et de vibrations (mais pas de puissance).
Même si la sonorité est discrète, c'est la mélodie d'un twin culbuté et l'on sent le moteur à travers
toute la machine. Voilà une moto pensée pour rouler nez au vent, même à deux,
avec un moteur de caractère offrant souplesse, couple, vibrations et sonorité en même temps qu'une bonne agilité, dans un écrin de légende. Mais amateurs d'accélérations hurlantes, passez votre chemin.
Il est temps pour moi de la rendre au concessionnaire, le temps d'apprécier sa remarquable maniabilité en ville.
Le centre de gravité bas allié à des pneus étroits et une faible consommation en font une moto dont la conduite
est spontanée et très agréable. J'imagine qu'elle n'a certainement pas le caractère des anciennes Guzzi :
c'est en fait la première Moto Guzzi revue et modernisée
par le Groupe Aprilia, désormais aux commandes (2003).
C'est en tout cas une moto facile d'accès mais avec beaucoup de caractère (à l'inverse des twins anglais….)
et néanmoins de bonnes dispositions dynamiques (à l'inverse cette fois ci du twin américain)
sans se retrouver aux commandes d'un twin sportif (le cousin italien).

Et les performances ?
Côté chiffres, elle a exactement, un ou ou deux dixième de seconde près, les mêmes reprises de 50 à 90 km/h
et de 90 à 130 km/h qu'une BMW R 850 R et de 90 à 130 km/h qu'une Monster 620 5 vitesses
(cette dernière faisant une demi-seconde de mieux de 50 à 90).
Ces chiffres servent juste à donner un ordre d'idée des performances de la Breva 750 : supérieure à ce que l'on voudrait bien penser et tout cas suffisantes pour devancer même des voitures sportives.
D'ailleurs, mon frère qui roulait en BMW R 850 R était bien surpris d'apprendre que la Breva faisait environ 20 CV
de moins, et pour cause : plus légère que la BMW, ses reprises sont identiques.
Par contre, je n'ai pas réussi à voir la courbe de couple de la Ducati 620 I.E. mais les valeurs sont strictement identiques à la différence que la Monster l'atteint à 6.750 tr/mn tandis que la Breva l'atteint dès 3.600 tr/mn ! Toujours pour comparer avec cette moto, la différence de poids à sec entre ces deux machines n'est que de 5 kg. Un petit tour sur un axe rapide : à 110 km/h elle tourne (comme une horloge) à 4500 tr/mn.
A la même vitesse, une Monster 620 (6 vitesses) tourne à 5000 tr/mn et une Suzuki SV 650 tourne à 5400 tr/mn.

Mes impressions deux ans plus tard.
Depuis, au guidon de la mienne, j'ai pu savourer le fait de rouler en écoutant le moteur sans bruit parasite
de roulement de la chaîne : merci le cardan ! C'est frappant en roulant le long d'un mur ou dans un tunnel.
Chose rare, les concepteurs de cette moto l'ont réellement conçue pour le duo : pas de strapontin ou de repose-pieds hauts placés, et même le mauvais amortisseur arrière se comporte beaucoup mieux en duo.
Puisqu'il parait que je parle d'une machine à la conception antédiluvienne,
vous en connaissez beaucoup de 750 cm3 (à cardan qui plus est) qui pèsent 182 kg à sec ?
Je regrette son esthétique un peu trop simple ou timide pour mes goûts, je la préfèrerai en Griso mais d'un autre côté je ne veux pas d'une moto qui pèse 230 kg.
Tiens, au printemps j'irai emprunter un petit chemin de terre à travers champs, comme l'année dernière.

Conclusion
Vous le voyez, cette moto m'a réservé de nombreuses (bonnes surprises).
La mienne a 16.000 km et je dois dire que c'est la moto avec laquelle j'ai eu le moins de soucis mécaniques,
d'une part (je croise les doigts car elle est encore très jeune), et qui m'a coûté le moins cher à entretenir,
d'autre part (merci le cardan, le frein moteur, les petits pneus etc.).

Fiabilité :
Moins de problèmes que sur mes précédentes motos.
Disponibilité de pièces : 48 heures pour une selle.

Revente :
j'ai essayé et cela aura été ni plus long ni moins long que sur mes autres motos (2 mois).
C'est vrai qu'elle ne fait pas 100 CV et qu'au 400 DA on trouve mieux presque partout.
Mais à ceux qui roulent plus qu'ils ne pilotent, à ceux là elle conviendra merveilleusement.
Et elle en sera pas bradée ou démodée par Moto Guzzi.
Et si elle l'est demain, on pourra dire que son moteur a bien vécu puisqu'il n'est qu'une reprise du moteur de la Nevada, lui-même issu de la Guzzi V7 de 1967.
Et si vous surprenez quelqu'un à regarder votre moto, son architecture moteur ou s'attarder sur l'écusson
ou la marque i
nscrite sur votre réservoir, souriez ! Vous verrez que cette marque dégage un fort capital sympathie, un peu comme si on roulais en ancienne sauf que ce n'est pas une ancienne.
Guzziste moi ?
Allez, peut-être.
En tout cas, c'est bien la première fois que je ressens de l'attachement à une marque.

Alexis.

 

Forza Moto Guzzi

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