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Christian et lize le carnet de voyage en Turquie

Les protagonistes :
Sur la moto : Lise, 65 ans et Christian, 56 ans. Dans le camping car : Annick, 61 ans, et Claude, 60 ans. Pas des jeunots, donc, mais des voyageurs avides de regarder, d'écouter et de connaître.

La Breva
:

Elle est standard, mais bien équipée :
béquille centrale et pare brise haut, qui sont pour moi tout sauf des accessoires (au sujet de la béquille centrale, je trouve absolument scandaleux que des machines de ce type
et c'est aujourd'hui le cas le plus répandu soit vendues sans !),
sacoche de réservoir, porte paquet, top case et valises rigides de 40l.
La sacoche de réservoir " télescopique " est attachée à son support par fermeture éclair : aussi pratique que toutes les fermetures éclair (sacoche aimantée, où es-tu ??)
J'ai renforcé le porte paquets qui, prévu pour porter 5 kg en portera 3 ou 4 fois plus…
Le pneu avant a été changé par précaution, et le pneu arrière ne totalise que 1500 km.
Enfin, la machine sort de révision, et tourne comme une montre.

Départ fluide…
Vendredi 27 mai 2005.
Notre procuration dûment réglée pour le referendum, nous larguons les amarres sous un beau soleil,
et les motards rayonnent sous le casque. Km 85 : le voyage manque se terminer là.
Heureusement, je me suis trompé, et au lieu de prendre la déviation vers l'autoroute,
j'ai pris la traversée de St Michel de Maurienne.
Au beau milieu de la rue centrale, je sens mon pied gauche qui glisse sur le repose-pied.
Coup d'œil vers le bas :
Horreur !
Il est couvert d'huile.
Arrêt catastrophe en pleine rue.
Tout le côté gauche de la moto est inondé d'huile.
Pour le 2é fois , le bouchon de remplissage tenté l'évasion.
Pourtant, cette fois je l'avais resserré à la pince après avoir vérifié le niveau.
Heureusement, le fuyard n'a pas complètement réussi son évasion :
il est toujours posé sur le carter.
Après avoir nettoyé la moto tant bien que mal (et nos pantalons !)
Au Sopalin
j'essaie de le resserrer, mais c'est là que je découvre le fautif :
C'est le joint, qui s'écrase et part en morceaux…
A l'entrée de la ville se trouve un petit garage Renault.
Le garagiste, un ancien Guzziste
( !) me vendra un joint torique qui ne bougera plus, et me permettra de compléter le niveau.
Tunnel du Fréjus (moins de 15 jours avant l'incendie…),
autoroutes italiennes, et étape après 500 km.
J'en profite pour nettoyer les plaquettes arrière (à grands coups de sopalin…),
car comme dirait Coluche, un frein à disque qui est allé dans l'huile, bonjour…
Il faudra bien deux jours et quelques centaines de km avant de retrouver un semblant de frein arrière.
Le lendemain, à Ancona, nous montons dans le " Champion Olympique ",
magnifique ferry haut comme un immeuble de 6 ou 7 étages.
Destination : Igoumenitsa, en Grèce.
Merveille de la Communauté européenne, plus de douane à passer, ni d'argent à changer.
Ici, bien que nous soyons dimanche, pas de jour du Seigneur pour les routiers, et il nous faut remonter sur une petite route sinueuse tous les camions qui sont sortis du bateau avant nous.
Au début très respectueux des lignes blanches, j'adopterai vite la conduite " à la grecque ",
en dépassant " quand c'est possible "
…C'est une jeune pompiste qui nous apprendra les résultats du referendum français, en commentant : " Je suis contente, parce que ça retardera l'entrée de la Turquie dans l'Europe "…
Laissons-lui la responsabilité de ses commentaires.
Sur la route des Météores, nous recevons une averse, qui sera la dernière avant bien long-temps.

Les Météores (région de Thessalie)
Pour qui ne connaît pas, les Météores sont un des endroits les plus spectaculaires de la Grèce.
Aux alentours de la ville de Kalambaka, c’est une véritable forêt de rochers aux parois verticales,
aux sommets desquels se sont établis des monastères, dès le XIème siècle, auxquels on accède par des escaliers taillés dans le roc, et dont certains sont encore occupés par des moines.
D’ailleurs, meteora, en grec, signifie : « suspendu dans les airs ».
Nous visiterons un des plus grands, celui du « grand Météore ».




La Turquie :
une arrivée… tonitruante
Cap vers l’est par une route de montagne (où la Breva fait merveille) en Thessalie, puis par une autoroute très ventée, mais à la circulation peu dense sur le bord de la mer en Macédoine.
C’est une rivière (Evros pour les Grecs, Meriç Nehri pour les Turcs) qui marque la frontière.
Inutile de dire que le pont est décoré aux couleurs grecques jusqu’au milieu,
et turques dans la deuxième partie.
Et étant données les relations entre les deux pays, de chaque côté,
des soldats armés jusqu’ aux dents montrent leurs muscles.
Ca fait une peu opérette… tant que les choses en restent là.
A la douane, bien que nous soyons seuls, le préposé, comme la plupart de ses collègues à travers la planète nous fait patienter, pour bien montrer que c’est lui le patron,
et que nous passerons quand il l’aura décidé.
Ca tombe bien, nous ne sommes pas pressés.
Nous voyons nos premières cigognes, qui nous accompagneront une bonne partie du voyage.
Dans le premier village, le minaret qui a remplacé le monastère orthodoxe nous confirme que nous avons bien changé de monde.
Nous avions décidé de faire étape au bord de la mer entre Tekirdað et Istanbul,
mais il s’avère difficile de trouver un coin « campingable » sur cette côte très urbanisée
et nous décidons d’aller jusqu’à Istanbul.
Nous voilà déjà dans les faubourgs de la ville mythique.
Voie « rapide », la circulation s’intensifie. - « Hihi, regarde ce tracassin bizarre ! - « Wouafwouaf, t’entends le boucan qu’il fait ! Horreur, ce n’est pas le tracassin qui fait ce boucan,
c’est la Breva !!!
Arrêt catastrophe au bord de la voie rapide.
Coup d’oeil vers le bas :
il manque le pot d’échappement gauche !!!
Me voilà parti à la recherche du fuyard le long de la 2x2 voies.
Il en faut plus pour perturber les automobilistes turcs, habitués à voir traverser des piétons n’importe où. Chance : il ne nous a pas fait tomber, ni un autre 2 roues,
et il n’a pas terminé sa carrière sous un camion :
il a tout bonnement roulé dans l’herbe du terre plein central, et il est à peine rayé.
Deuxième chance : son axe de fixation (qui maintient aussi le support de valise) est toujours en place. Troisième chance : de l’autre côté du rail, il y a un marchand de scooter.
C’est à croire que le meccano m’attendait, car à peine lui ai-je montré l’axe en question, il plonge la main dans une boîte à l’intérieur de son magasin et sans regarder en ressort l’écrou qui va bien,
avec un grand sourire.
Resserrage de tout ça les fesses au ras des voitures, et ça ne bougera plus.
J’avoue quand même qu’en 40 ans de moto, sur des engins souvent bien moins fringants que la Breva, c’est bien la première fois qu’il m’arrive de perdre un pot d’échappement !

Istanbul :
Comme nous le verrons souvent par la suite, il n’est pas évident de trouver les campings ,
quand ils existent en Turquie, et celui-ci ne fait pas exception.
C’est un policier motard sur une BMW R 80 GS bien fatiguée qui nous l’indique
(nous en reverrons plusieurs roulant en duo).
Camping Attakoy cher, d’une qualité fort moyenne.
Avec Lise, nous montons notre petite tente à côté du camping car.
Comme d’habitude, pour visiter les grandes villes nous avons l’habitude de laisser les véhicules au camping, et de prendre les moyens de transports locaux : bus, dolmus (minibus). Cela permet de se déplacer sans soucis, tout en nous immergeant dans la population locale.
Et il y aura toujours quelqu’un pour nous donner un coup de main
quand nous sommes hésitants sur la suite de l’itinéraire.
Istanbul, Constantinople, Byzance, le Bosphore, la Mosquée Bleue,
qui n’a pas rêvé à l’évocation de ces noms mythiques ?
Nous consacrerons 4 jours à la visite de cette ville immense à cheval sur l’occident et l’orient.
Une déception : Ste Sophie, qui a dû être une merveille, avec ses mosaïques couvertes d’or fin.
Mais aujourd’hui, il en reste peu de choses, mal mises en valeur, au milieu de travaux.
De grands moments : le palais Dolmabahçe, la balade en bateau sur le Bosphore qui permet de bien humer l’air de cette ville, le pont de Galata et ses pêcheurs, le bazar égyptien et ses joailliers, la colline du café de Pierre Loti, lieu de promenade frais et si plein de souvenirs.
A ce propos, il faut dire que, si le souvenir de la présence française s’estompe,
beaucoup de mots français sont encore utilisés par les Turcs.
En dehors des classiques cafe, restaurant, otel, toilettes, que tout le monde nous as piqués,
il est amusant de lire kuafør (coiffeur), bisyklett, motosyklett, broderi, etc…
Les visites sont chères. Il faut bien dire que la Turquie a pris conscience de son formidable potentiel touristico-culturel, mais il ne faudrait pas qu’elle tue la poule aux oeufs d’or !
Pour 3 visiter le palais Topkapi, par exemple, il faut déjà débourser l’équivalent de 10 €, mais il faut encore en sortir quasiment autant pour visiter le hammam, et encore autant pour le harem.
Comment font les Turcs, dont le pouvoir d’achat est (pour la plupart) bien inférieur au nôtre ? A propos de monnaie, il faut savoir que la Turquie a connu une réévaluation en janvier 2005.
Une nouvelle Lire (YTL) vaut 1 000 000 d’anciennes Lires (TL).
Oui, oui, vous avez bien lu : 1 YTL = 1 million TL( (1 500 000 TL = 1,5 YTL . 0,90 €)
Et comme les deux monnaies cohabitent, et que les habitudes restent bien ancrées chez les Turcs (rappelez-vous les francs… et même les anciens francs chez nous !), imaginez un peu le bazar.
Au début, ça fait un peu drôle de se voir réclamer 1 million 500 000 pour un bière,
mais on s’y fait très vite.
)

La région des lacs :
Pour quitter Istanbul, nous avions prévu de prendre le bac qui, traversant la mer de Marmara,
permet de joindre directement Yalova.
Mais quand nous arrivons sur le quai, il est complet, et il faut attendre 4 h pour le suivant.
Nous décidons de ne pas attendre et de faire le tour du golfe Izmit Körfezi,
la pointe est de la mer de Marmara.
Nous nous lançons donc dans la traversée d’Istanbul, mais il est dimanche matin, et la circulation
n’est pas très dense. Traversée du Bosphore sur le grand pont suspendu Sultan Mehmet.
Heureusement, il n’y a pas trop de vent…
Sur la route, nous nous arrêtons dans le petit village d’Anitkaya pour acheter des provisions.
C’est la sortie de l’école et le succès est assuré !
Les adultes veulent surtout savoir si nous aimons la Turquie.

Il le font demander aux enfants,
qui doivent en être à la première leçon d’anglais,
car leurs connaissances ne dépassent guère : « What is your name ? » .
Bursa, Afyon, les villes défilent.
Nous évitons Ankara, capitale administrative sans grand intérêt, aux dires de tous,
et nous voilà dans la région de la culture du pavot (culture légale, disent les Turcs),
et les champs sont piquetés de taches blanches.
A Afyon, la vieille ville pittoresque de maisons en torchis est surmontée d’une citadelle qui ne se visite malheureusement pas, à cause de travaux.
Sur une route impeccable, nous escaladons le col Bozdur-musbeli, à 1420 m d’altitude pour y bivouaquer. Il fait frais, cette nuit, mais nous ne nous lassons pas d’admirer un ciel étoilé
d’une pureté que nous ne retrouvons pas chez nous.
A côté, un troupeau de brebis broute paisiblement.
Peut-être le loup n’est-il pas loin…
A propos de route, disons-le tout net : en Turquie, la bonne route, c’est le cas le plus rare.
Beaucoup sont en travaux (sans d’ailleurs souvent que personne n’y travaille…),
et là tout est possible : terre, nids… d’autruche, goudron chaud simplement recouvert d’une bonne couche de gravier non cylindrée (ce sont les usagers qui ont pour mission de le faire…).
Tout le reste va de mauvais, à très mauvais.
Elle mérite une attention constante, d’autant que la circulation,
sans être anarchique, est disons… fantaisiste.
L’usage du clignotant est quasi inconnu (mais est-ce particulier à la Turquie ?),
Les piétons sont omniprésents et aventureux, et on peut tout rencontrer :
attelages d’ânes ou de chevaux, vélos ou même camions à contre sens sur les voies rapides ( !).
De plus, il ne faut jamais perdre de vue que l’automobiliste turc n’a pas l’habitude de voir arriver
une grosse moto, et qu’il ignore tout de sa vitesse et de ses accélérations.
Mais tout se passe sans cris, sans énervement, et je ne suis pas sûr qu’il y ait plus d’accidents
qu’en France. Il faut bien dire aussi que la circulation est généralement beaucoup 4 moins dense que chez nous (seuls 10 % des Turcs paraît-il possèdent une voiture),
et beaucoup moins rapide.
Par ailleurs, l’essence est chère, en Turquie : 1,50 € en moyenne (0,90 en Grèce…).
Mais la consommation raisonnable de la Breva (4,5 l en moyenne),
associée à son autonomie suffisante (300 km), et au fait que les stations service sont suffisamment rapprochées fait que l’on peut prendre la route partout sans redouter la panne sèche.

Les lacs, donc.
Région magnifique, d’une tranquille beauté.
A Egirdir, nous dormons au bout d’une presqu’île,
et c’est un pêcheur qui nous proposera de nous amener au marché à la ville dans sa barque.
Dans la montagne au-dessus du lac se trouvent des vestiges romains.
Avec Lise, nous montons en moto jusqu’au prochain village, alors que Claude et Annick, toujours courageux, enfourchent leurs vélos.
Nous poursuivons à pied sur le chemin de terre qui succède à la route,
mais à peine avons-nous fait 100 m que nous sommes dépassés par un tracteur tirant une remorque
sur laquelle est juchée toute la famille.
Nous sommes invités à y grimper nous-aussi.
Echange de sourires, et de menus cadeaux.
Nous sommes brinquebalés pendant plusieurs km sur un chemin complètement défoncé,
au grand désespoir de nos vertèbres.
Au sommet de la montagne, nous sommes invités à boire le thé dans la petite cabane
où loge le mari d’une de ces femmes qui garde les chèvres là pendant l’été.
Nous ne parlons pas la même langue, mais avec ces gens tout simples e
t bien moins pourvus que nous en biens matériels, nous prenons une grande leçon d’humanité.

A la descente, nous sommes trop heureux de marcher pour ménager notre dos…
Petite route de montagne où, à part les rapaces qui frôlent parfois nos têtes,
nous ne rencontrons pas âme qui vive,
et voilà Beyþehir au bord du second lac, plus marécageux que le premier.
A Beyþehir, nous dormons près d’une des plus anciennes mosquées
(et pour moi une des plus belles) de Turquie.
Son plafond est soutenu par une forêt de colonnes en bois sculpté de toute beauté.
Nous y pénétrons à l’heure de la prière du soir, et l’imam nous demande simplement de nous tenir (déchaussés, bien entendu) en arrière des fidèles pendant l’office.
Nous rencontrons aussi un jeune « turco-français » né et vivant en France, et venu passer les vacanes dans la famille, que nous sentons très déchiré entre les deux cultures.

Konya :
le derviche et la patinoire
Un saut de puce de 100 km vers l’est : nous voici à Konya, dans une région réputée
parmi les plus « religieuses » de la Turquie.
Nous le vérifions déjà dans la rue, puisque la densité de femmes voilées a nettement augmenté.
Mais nous pourrons constater que le voile n’exclut pas une certaine élégance,
ni même une certaine effronterie.
En effet, deux jeunes filles aux voiles très joliment colorés nous abordent pour,
disent-elles, parfaire leur anglais.
Les pauvres, avec notre baragoin, elles ne vont pas être très aidées !
Mais elles en profiteront pour dire à Annick dans un grand éclat de rire que son mari est beau…
En fait, si Konya est une ville religieuse, c’est qu’elle est la patrie de Mevlana, fondateur de l’ordre des derviches tourneurs, dont chacun a entendu parler.
Aussi la visite du mausolée et de l’ancien couvent sont-ils incontournables pour les Turcs croyants.
Nous rencontrons un homme parlant parfaitement l’anglais qui
nous propose de lui poser toutes les questions que nous voulons : historiques, économiques, politiques sur la Turquie.
Nous ne nous faisons pas prier.
Nous passons la nuit dans le parc Alaaddin, rien de tel pour faire de beaux rêves !
Le lendemain matin, départ à l’heure de la reprise du travail. La circulation est dense.
A un feu rouge, au moment où je devine une tache noire devant la moto,
je sens la roue avant qui se dérobe. Je mets le pied, mais il part aussi, et tout le monde descend.
Nous nous retrouvons à quatre pattes dans le gasoil, mais heureusement,
nous étions quasiment à 0 km/h, et ni la moto ni les passagers n’ont souffert .
Avec beaucoup de difficultés, nous relevons la moto, car nous tenons à peine debout (vous avez déjà essayé de faire ça sur une patinoire ?).
Il ne s’agit pas d’une petite flaque : le camion qui a « dégazé » sauvagement a bien fait les choses,
car tout le carrefour est inondé.
Au milieu des voitures qui redémarrent dans une grande séance de patinage,
nous poussons la Breva sur le bas-côté.
Je voudrais prévenir les suivants, mais trop tard : un scooter et ses 2 passagers sont déjà sur le dos,
suivi d’une moto, puis d’une autre. Tout ce beau monde évidemment en chemisette et sans casque. Heureusement, il n’y aura que quelques coudes rabotés et un phare cassé.
Excédé par la passivité des « spectateurs » présents, je veux leur crier d’appeler la police,
mais ça y est : les képis arrivent enfin, et nous partons.
Mais pendant tout le reste du voyage, j’angoisserai à la vue d’une flaque sur la route,
tant que je n’aurai pas vérifié qu’il ne s’agit que d’eau…

Le plateau anatolien,
Enfin nous y voilà, et nous ne sommes pas déçus : sur des centaines de km,
nous traverserons des zones semi-désertiques où domine la couleur rouge de la terre,
mêlée au vert de la végétation et au blanc des maisons en torchis.
A l’inverse, beaucoup de régions sont très bien cultivées, car les Turcs ont fait d’énormes efforts pour l’irrigation de leurs terres.
De temps en temps, un troupeau de chèvres traverse tranquillement la route…


La Cappadoce :

le village des Stroumpfs
Après les Météores en Grèce, voilà un autre site naturel tout a fait remarquable .
A la suite d'une intense érosion , le sol s’est lézardé ou désagrégé, donnant au paysage un relief très particulier. Dans d’autres endroits, ce sont des rivières qui ont entaillé profondément la roche.
Bref, sur des kilomètres, c’est une forêt de blocs de roches, d’aiguilles, parfois seuls, parfois serrés
les uns contre les autres, qui peuvent atteindre 30 m de haut. Au cours des siècles, ils ont servi d’abri, notamment pour les chrétiens qui étaient persécutés, et l’on trouve au détour du chemin une véritable église creusée dans une de ces aiguilles, décorée de fresques (souvent bien abîmées) qui ont tout bonnement 10 siècles !

Le problème est que les chemins ne sont pas balisés (sans doute pour obliger les touristes à prendre un guide, ce qui est de bonne guerre), et que l’on peut marcher des heures
et passer à côté de véritables merveilles sans s’en rendre compte.
Aujourd’hui, certains de ces rochers sont encore habités, mais il faut bien dire aussi
qu’à une certaine époque les Turcs ont construit pizzerias et hôtels de manière complètement anarchique jusqu’au pied de ces merveilles.
Ils semblent maintenant avoir pris conscience de la nécessité de pré-server un tel site.

La Cappadoce à pied, c’est bien. En ballon, c’est encore mieux.
Nous l’avions vu à la télé, nous en avions rêvé, nous l’avons fait !
Profitant du peu de monde, nous pouvons négocier les prix,
et nous voilà survolant la Cappadoc au lever du soleil : un grand moment de ce voyage....
Au hasard de nos promenades, une habitante d’une de ces maisons troglodytes nous invite
à visiter son intérieur, et là nous vient une réflexion que nous nous sommes déjà faite en
Afrique du Nord, en Asie Centrale ou en Amérique du Sud :
comment ces gens, qui sont les héritiers de tant d’artistes prodigieux
(les merveilles que l’on peut voir en témoignent) sont-ils devenus d’aussi piètres « finisseurs » ?
Car partout, ce ne sont que plâtras dégoulinants, peintures finies « au balai »,
installations électriques « spaghettis »
et plomberie brinquebalantes . C'est à croire qu'au pays d’Allah, comme dans celui de Dieu, seul compte l’au-delà, et que l’ « en-deça » est toujours suffisant comme ça.
Au camping de Göreme (très bien tenu) nous rencontrons un motard allemand en Super Ténéré.
Au sujet des motards-voyageurs, nous n’en croiserons qu’une demi-douzaine, tous allemands, et tous équipés de trails ce qui ne me paraît pas vraiment indispensable, sauf si l’on tient a façons,
avec mon 1,65 m, il me faudrait un escabeau pour monter sur ces drôles de dromadaires…
Région inoubliable, donc, puisque nous rencontrerons aussi Emine, l’institutrice vendeuse de tapis pendant ses vacances et son ami derviche qui fera rien que pour nous une démonstration de son art,
et Murat le restaurateur au français si raffiné, grand connaisseur de la littérature
et de la philosophie de notre pays.

Derinkuyu et Ilhara :
pour vivre heureux, vivons cachés…
Cap au sud, pour changer. Derinkuyu était une ville souterraine qui a abrité paraît-il
jusqu’à 10000 personnes. En arpentant les 8 étages qui restent encore visibles, on imagine la vie des gens qui ont vécu là pour se protéger, avec étables, dépôts alimentaires, cuisines, salle d’étude, église, tout cela jusqu’à 85 m en dessous du sol…
Ilhara est une gorge à la végétation abondante d’où émergent ça et là des églises (dont certaines remontent au VIème siècle),magnifiquement peintes, mais aussi passablement abîmées.
C’est un vrai plaisir de manger dans le petit restaurant au frais au bord de la rivière
après quelques bonnes heures de marche.
Comme chaque jour, à l’heure du thè, nous dégustons loukoums et baklavas (gâteaux baignant
dans du miel). et avant le dîner, « raki-time » compagné de pistaches .
Il y a des jours où la vie mérite d’être vécue…
Côté 2 roues, dans les grandes villes les scooters sont presque aussi nombreux que chez nous,
sans oublier les quelques inévitables sportives japonaises pilotées par des jeunes gens fortunés qui remontent 20 fois par jour la rue principale sans casque et la chemisette grande ouverte,
pour être bien reconnus.
Ici, par contre, c’est la Jawa qui tient (c’est le cas de 7
le dire) le haut du pavé, suivie de près par la MZ, et par une moto russe au sigle imprononçable.
Beaucoup sont attelées, d’un side fait d’une simple caisse métallique, et qui sert à transorter toute la famille (facilement 5 personnes), sans oublier les cageots de légumes…

Le Nemrut Daðhi :
l’île de Pâques en Turquie
Reprenons notre direction naturelle : l’est. Mais avant d’atteindre Malatya, qui sera notre camp de base pour monter au Nemrut Daðhi, il y a plus de 400 km d’une route au revêtement incertain
bien souvent luisante de l’huile et du gasoil abandonnés en cadeau par les camions.
Longtemps, la haute silhouette du mont Erciyas (3916 m), dont les éruptions passées
ont façonné cette région nous accompagnera.
Pour la 4ème nous nous arrêtons pour sauver la vie d’une tortue qui traversait imprudemment la route. Nous décidons de faire halte près du petit village d’Emeðil.
Comme souvent, je dépose Lise, qui servira de balise pour les camping caristes qui suivent,
et je repars en moto à la recherche d’un endroit agréable pour le bivouac.

Les villageoises qui ont assisté à la scène ont compris que l’horrible macho que je suis
abandonnait là sa pauvre épouse éplorée.
Et chacune de réconforter, de serrer dans ses bras, d’inviter chez elle une Lise hilare.
A mon retour, elles comprennent leur méprise dans un grand éclat de rire.
Echange de petits gâteaux et de bonbons pour les enfants.
Avec force gestes, elles nous expliquent que le gouvernement a noyé leur village dans les eaux
d’un barrage d’irrigation, et qu’il les a relogées dans des maisons neuves qui ne dépareraient pas
la Scandinavie, et qui ne semblent guère leur convenir.
Nuit au bord du lac ( pas trop près, car l’eau monte nous dit un habitant ).
En attendant, ce sont les moustiques qui sont bien présents.
Le Nemrut Daðhi : voilà encore une curiosité incontournable de la Turquie.
A 2150 m d’altitude, un souverain mégalo (un de plus)
Antiochos 1er se fit ensevelir là pour y être plus près des dieux, non sans avoir auparavant fait construire un énorme tumulus encore inviolé, et des statues, qui donnent à cette région un petit air d’île de Pâques. Le problème est que pour y accéder depuis Malatya, il y a 95 km d’une route que l’on nous a certifier à peine praticable surtout dans sa partie terminale.
Claude a peur d’y laisser son camping car.
Nous tenons assemblée générale, et nous optons pour une solution qui convient à tous :
nous laissons les véhicules dans le parking (fermé) de l’Office du tourisme, et nous empruntons un dolmus qui nous emmènera jusqu’à l’hôtel Günes, à une encablure du site.
En fait, la route n’est pas si terrible que ça, (pas pire en tout cas que d’autres que nous
emprunterons par la suite) mais cela nous permettra d’admirer tranquillement le paysage,
en compagnie de 3 Australiennes bien sympathiques,
et de Christophe un jeune francais baroudeur qui arrive d’Amérique du sud.
Nous posons nos affaires à l’hôtel, et nous montons admirer le coucher de soleil sur les statues.
Nous ne sommes pas seuls, car on peut accéder à cette montagne par l’autre versant,
et les cars de touristes sont là…
Nuit bien fraîche, mais si tranquille à l’hôtel.
A 4 heures du matin, tout le monde est debout, car il faut aller admirer
le lever du soleil sur l’autre versant.
Cars de Japonais, et Italiennes bruyantes qui se font photographier devant les statues…
A l’est, l’immense et tentaculaire lac Attaturk (créé lui aussi pour l’irrigation) sort de la nuit.
Plus loin, encore, ce n’est qu’une succession de collines semi-désertiques qui s’enfuient vers les frontières de l’Iran et de l’Irak…
Le Nemrut sera la pointe orientale de notre périple en Turquie.
Pas de lac de Van, ni de frontière arménienne, encore moins de Kurdistan pour nous cette année.
Qui sait, peut être une autre fois ?…

Le barbier de Malatya :
De retour dans la grande ville, nous laissons nos épouses chez le marchand de tapis (bien sûr, elles finiront par craquer devant d’admirables « kilims » tissés de fils de soie,
mais la résistance humaine a des limites, n’est-ce pas ?),
et avec Claude nous nous rendons chez le barbier.
Le barbier est une expérience absolument incontournable pour qui se rend en Turquie.
Attention, le vrai barbier traditionnel, pas un quelconque « kuafør» moderne à la parisienne.
Nous n’y allons que pour nous faire raser, mais on nous a prévenus : le barbier turc ne peut pas se contenter de ça : il se doit de nous prendre en mains et de montrer tout son savoir-faire.
Et de fait, nous verrons : pendant plus d’une heure, nous ne nous appartiendrons plus :
rasés, coiffés, shampooinés, épilés (jusque dans les trous de nez et les oreilles),
ébouillantés, noyés dans le lavabo, massés, malaxés, pomponnés, pommadés, brillantinés,
nous sortirons titubants mais refaits à neuf, sous le regard hilare de nos compagnes,
allégés d’une somme deux fois moindre que celle que nous abandonnons pour une simple
coupe à notre « friseur » habituel…

Cap au sud :
Eh oui, ça devait bien arriver un jour, nous voilà arrivés à ce qui ressemble bigrement au chemin du retour. Une cinquantaine de km avant Gaziantep, les motards partent comme d’habitude
à la recherche de l’endroit idéal pour le bivouac.
Dans un village, tous les hommes sortent du café… pour aller en chercher un autre qui paraît-il parle l’anglais, et qui ne nous sera pas finalement d’une grande aide.
En désespoir de cause, nous nous rabattons sur une sorte de terrain vague à proximité d’un village.
Les paysannes qui nous ont observés s’approchent pour visiter l’intérieur du camping car
et nous inviter chez elles.
Nous déclinons l’offre pour ne pas les déranger,
mais un moment après, elles reviennent : les unes apportent des oeufs, les autres des galettes,
ou encore des aubergines farcies…
Nous leur offrons des boîtes de café et méditons longuement sur le sens de l’hospitalité
de ces gens, pourtant bien démunis…
A Gaziantep, la chose la plus remarquable est le musée.
Là en effet sont rassemblées les mosaïques tout à fait extraordinaires de la ville romaine de Zeugma, que les archéologues ont sauvées de justesse, avant qu’elle soit submergées
(elles aussi) par les eaux d’un barrage destiné à l’irrigation.
Malheureusement, ce musée est en construction, et c’est au milieu de sacs de sable, de truelles et d’échelles que nous pouvons voir une petite partie de ces chefs d’oeuvre.
Une autre chose remarquable est que nous sommes à une petite cinquantaine de km de la Syrie, et qu’Alep, ville historique elle aussi, mais pour d’autres raisons est à moins de 100 km.
Mais ce ne sera pas pour ce coup-ci. Une autre fois, peut être ?…

La Méditerranée :
à la plage, toute
Depuis Istanbul, la température (à part au Nemrut Daðhi) a notablement augmenté,
et à partir de maintenant, les 35-38° ne nous lâcheront plus.
Cap à l’ouest, maintenant. La circulation aussi a notablement augmenté, et nous avons un peu l’impression d’avoir changé de pays.
Les Turcs savent ce que tourisme veut dire, et beaucoup d’endroits de la côte sont bétonnés
comme peu de côtes le sont.
Hôtels, pizzerias pensions se touchent, se chevauchent.
Certains points sont encore sauvages, mais alors ils sont le plus souvent
dans un état qui décourage l’amateur de pique-nique.
Car il faut le dire, les Turcs découvrent avec frénésie la société de consommation.
Les magasins ne sont par exemple pas avares de sacs plastique.
Mais comme l’habitude de la gestion des déchets (et les équipements et l’éducation qui vont avec)
ne sont pas encore là, on retrouve tout dans la nature. Autrement dit, derrière une famille turque qui est allée pique-niquer au bord de la mer, on retrouvera la peau de la pastèque, les boîtes de conserve,
les sacs plastique, les bouteilles de Coca, et même les couches du bébé.
Merci pour les suivants.
Bref, nous traversons sans nous arrêter les grandes villes, mais comme cet itinéraire est aussi celui
des forteresses et des sites romains, nous aurons encore l’occasion de faire quelques beaux arrêts… accompagnés de quelques belles baignades. Kizkalesi, Mamure kalesi, par exemple, sont de magnifiques forteresses aux murs crénelés encore intacts au bord de la mer.,
et à Anamur (où nous sommes les seuls visiteurs), nous pourrons nous plonger dans la vie quotidienne des romains dans des vestiges bien mieux conservés que ceux de Grèce, par exemple.
Mais c’est Aspendos qui nous laissera le plus grand souvenir.

Aspendos : Verdi chez les Romains
A Aspendos se trouve le plus grand théâtre de l’Antiquité, parfaitement conservé
(et restauré plusieurs fois, il faut bien le dire).
Il disposait autrefois de 15000 places, et 10000 sont encore accessibles aujourd’hui.
Il possède encore son mur de scène, ce qui est unique.
Ce soir, on y joue Aïda, de Verdi devant, on peut dire, 10000 touristes allemands (moins 4 Français). Même pour des gens qui, comme nous, ne sont pas des mélomanes le spectacle de
ces quelques 100 acteurs et figurants portés par autant de musiciens est absolument sublime,
et notre seul regret est de constater que pratiquement aucun turc de la région n’y assiste.

Chimaera, chimères et feux follets dans la montagne
A Chimaera, c’est un autre spectacle qui nous attend ,dans la montagne au-dessus de la mer,
des dizaines de flammèches jaillissent des rochers.

C’est du méthane qui s’échappe là depuis la nuit des temps, et qui a donné naissance
à bon nombre de légendes (les chimères).
En attendant, voilà un bon endroit pour faire un barbecue pour pas cher…
Tout à fait particulier à la tombée de la nuit.

En bateau avec Mehmet dans la baie de Kekova
Nous avons passé Alanya, Antalya sans trop nous y arrêter et nous poursuivons notre route vers l’ouest. Le paysage est splendide, mais la route est épouvantable : elle est en réfection sur des dizaines de kilomètres, c’est à dire que le goudron fondu alterne avec des épaisseurs de plus de 15 cm de gravier.
Je roule à 10 km/h, m’arrêtant pour laisser passer les cars (dans un nuage de poussière)
quand j’en vois arriver un dans les rétroviseurs.
Mais le jeu en valait lachandelle, puisqu’une route minuscule nous permet maintenant de descendre
vers la mer et d’atteindre la baie de Kekova, véritable petit coin de paradis.
Nous nous installons près du petit port, et nous nous mettons à la recherche d’un bateau.
Car un peu au large se trouve une île auprès de laquelle reposent les vestiges
d’une cité à-demi engloutie.
C’est avec Mehmet que nous négocions. Son bateau permet le transport d’une dizaine de personnes, mais les touristes ne sont pas encore là, et nous l’aurons pour nous seuls aujourd’hui.
En fait, c’est toute la famille qui nous emmène : Mehmet, sa femme, leur grand fils, qui manoeuvrera le bateau de temps en temps, et leur petite fille.
Ils ont tout leur temps, et pour le prix d’une heure, nous passerons toute l’après-midi avec eux :
après la visite de la cité engloutie, ils nous emmènent sur l’île dans une crique quasi-déserte où nous nous délectons dans une eau parfaitement limpide.
Bien sûr, tout en buvant le thé et en partageant les petits gâteaux, madame nous présentera sa production de broderie, mais tout naturellement, et sans insistance.
Nous ne nous ferons pas prier pour faire quelques petits achats.
Ce soir, c’est mon anniversaire. Aussi nous passons la soirée dans un petit restaurant sur le port.
Au menu : poisson, bien sûr, arrosé (pour une fois !) d’un excellent vin blanc.
A ce sujet, il faut bien dire que nos tentatives précédentes en oenologie
n’ont guère été couronnées de succès. (vous avez sûrement goûté du vin grec,
mais avez-vous entendu parler du vin turc ???)
Un peu partout aux alentours du village, des tombeaux lyciens en pierre,
dont le couvercle arrondi les fait ressembler à une sorte de barque.

La région de Marmaris
A Fetihye
Nous avons dormi non loin de la plage de Ölüdenitz, réputée d’après les guides comme une des plus belles de Turquie, mais pour notre goût, elle ne déparerait pas la Riviera italienne,
ou la Costa Brava. Après Marmaris, nous avions prévu de parcourir toute la presqu’île de Datça
et de prendre à son extrémité un ferry qui nous permettrait de rejoindre Bodrum.
Oui, mais voilà : toute la route est en travaux, et vous avez déjà compris ce que cela signifie en Turquie… Au bout de quelques km alternant un goudron brûlant et des tonnes de gravier,
je jette l’éponge et dis à Claude que je refuse d’aller plus loin.
Justement, il y a là le camping d’Erine, tout à fait acceptable.
C’est dimanche, et bon nombre de Turcs sont venus là manger des brochettes et se baigner.
Pas de presqu’île de Datça, donc. Nous optons pour celle de Bozburun, véritable coin de paradis :
petites routes quasi-désertes, minuscules ports endormis, petites criques aux eaux lim-pides.
Nous terminons la journée par 20 km de piste en « tôle ondulée »,
où Claude me confiera avoir pensé que son camping car allait exploser !
Sur la moto, quand on a trouvé la bonne vitesse,
c’est encore plus acceptable que certaines « routes » que nous avons déjà parcourues.
La Breva est entièrement couverte d’une poussière rouge que nous ramènerons en France.

Bodrum:
D’après les guides, c’est le « St Trop » turc.
Et de fait, si le camping que nous avons trouvé est calme et bien ombragé,
il débouche sur une plage « à transats » où l’on a le choix entre à ma gauche le disco tonitruant,
et à ma droite, la techno assourdissante. Reste un petit coin de plage libre (Beach people)
où 11 l’on peut faire trempette sans sortir ses dollars…
Reste aussi la visite du château, qui ne risque plus guère qu’un assaut de touristes débarqués
des yachts qui mouillent dans le port.
Le soir, nous faisons nos adieux aux camping caristes.
Eux prolongent leur séjour en Turquie d’une bonne dizaine de jours encore, alors que nous devons prendre la route du retour, car Lise a des devoirs de mamie.
Nous troquons le top case contre le gros sac contenant tout notre matériel de camping
qui nous attendait dans le camping car. La différence de poids est importante, et je m’attendais à quelques louvoiements, mais non, il n’y aura jamais la moindre amorce de guidonnage.

Retour mixte : la moto et le bateau
Nous sommes un peu dans l’incertitude, car, si nous avons en poche notre billet de bateau
entre la Grèce et l’Italie (Patras-Ancona), en revanche nous n’avons pas pu acheter
en France notre billet de la traversée Turquie-Grèce.
Nous pensons partir soit de Kuþadasi, soit de Çeþme, mais sur les cartes ou dans les guides,
rien n’est très clair : traversée directe sur Le Pirée, ou escale respectivement dans les îles grecques
de Samos et de Chios ?? Le mieux est d’aller voir sur place.
Naturellement, sur le chemin, nous n’oublierons ni de nous cultiver… ni de nous baigner.
A Didyme, petit coup d’oeil au temple d’Apollon et à ses admirables colonnes,
et à Ephèse, bien sûr regard admiratif sur la bibliothèque de Celsius, si magnifiquement reconstituée
par des archéologues autrichiens au XIXème siècle.
A Kuþadasi, sur le port, le barman, après avoir demandé son âge à Lise ne fait que répéter
« Super mamie, super mamie !! ».
Nous apprenons qu’il n’y a pas de liaison directe avec Le Pirée.
Il nous faudrait donc prendre un ferry pour l’île grecque de Samos, y dormir, et prendre le lendemain
un autre bateau pour Le Pirée. Nous préférerions faire une seule traversée, et nous décidons de tenter notre chance à Çeþme. Çeþme est le port d’Izmir, une des plus grandes villes de Turquie,
et nous nous attendons
à voir un port important, avec un grand nombre de véhicules.
En fait, c’est un petit port, et en cette saison, il y a encore peu de monde.
Autre surprise : là non plus, il n’y a pas de liaison directe avec Le Pirée.
Il faudra donc faire escale sur l’île grecque de Chios.

Cette fois, nous n’avons plus le choix. A la dernière minute, alors que le bateau s’apprête à partir,
un policier en civil monte à bord et repart à terre avec mon passeport.
J’ai un moment d’angoisse : j’ai donné mon passeport au premier venu, sans méfiance.
Et s’il ne revenait pas ? Mais il reviendra, juste avant que le bateau ne lève l’ancre.
Peut être ai-je la tête d’un terroriste ? Mais il faut se souvenir que, quelques jours plus tard,
des bombes (sans doute posées par des extré-mistes kurdes) ont fait des morts et des blessés,
à Kuþadasi et à Çeþme…

Chios la Grèce est de retour :
C’est un petit bateau qui nous emmène dans le soleil couchant, pour une traversée d’1h30.
Il ne transporte guère plus d’une demi-douzaine de voitures (plus la Breva),
et une cinquantaine de personnes, pour la plupart des Turcs qui vont passer le week end sur l’île.
A l’arrivée, pas-sage à la douane (heureusement que je n’ai pas perdu le papier « d’importation »
de la Breva, qui nous a été remis à l’entrée !).
Sans perdre de temps, nous partons à la recherche du camping indiqué sur un prospectus trouvé à Çeþme. L’île est montagneuse, et nous attaquons la route qui grimpe le long de la côte est.
Le soir tombe, et au bout d’une vingtaine de km, nous nous étonnons de n’avoir toujours pas trouvé ce camping. Des gens rencontrés au bord de la route nous disent, après s’être concertés : « il est là, en bas, au bord de la mer ». Nous prenons la petite route qui plonge, et effectivement,
nous voyons un ensemble de bâtiments surmontés de drapeaux,
qui pourraient faire penser à un camping.
Mais voilà : tout semble désert, et il n’y a pas la moindre installation ressemblant de près ou de loin
à une tente, une caravane ou un camping car.
Nous appelons. Une petite fille, voyant Lise en pantalon, blouson de motard, le casque sur la tête, s’enfuit aussi terrorisée que si elle avait vu un Martien…
Une vieille femme sort à son tour.
Elle nous explique qu’autrefois ce lieu a été un terrain de camping.

Mais aujourd’hui, il est reconverti en camp de vacances pour enfants.
Nous ne pouvons pas camper à l’intérieur, « car les enfants arrivent ce soir », nous explique-t-elle.
Mais par contre, nous pouvons nous installer sur la plage, ce que nous ferons sans nous faire prier.
Petite crique paradisiaque au bout de laquelle a été construit un monastère orthodoxe tout blanc.
Après avoir monté la tente et nous être restaurés, nous nous baignons voluptueusement.
Le soir, alors que nous nous promenons paisiblement au clair de lune, nous entendons une rumeur qui va s’amplifiant, puis nous voyons une colonne de gens qui descendent de la mon-tagne en chantant, éclairés par des torches. Ce sont les enfants qui arrivent au camp, d’une manière tout à fait originale.
Le problème, c’est que, pour les accueillir, le responsable du camp a cru bon de lancer une sono qui n’est pas sans nous rappeler la techno de Bodrum.
Moi qui avait rêvé d’un havre de paix et de tranquillité, je suis effondré,
alors que Lise ne peut s’empêcher d’éclater de rire.
Heureusement, vers 23h, tout le monde ira au lit, et le calme reviendra.
Le lendemain matin, nous ne tardons pas pour lever le camp, et comme le bateau
pour Le Pirée ne part qu’à 22h, nous avons tout le temps de visiter la partie nord de l’île,
qui mesure une cinquantaine de km de long, sur une vingtaine de large.
Plus nous montons, et plus nous plongeons dans le brouillard.
Nous avons l’impression d’être en Irlande !
Attention quand même à tenir sa droite, d’autant que, si la circulation est rare,
les routes sont très étroites. Le brouillard finira par se dissiper, et nous pourrons admirer
la côte découpée et les pistes en terre qui mènent aux innombrables petites criques.
Après avoir fait demi-tour sur une place de village grande comme notre cuisine,
nous allons manger des feuilles de vigne farcies dans un petit restaurant isolé
(et payons en cherchant dans le fond de nos poches les quelques euros qui restent,
puisque nous n’avons encore pu changer d’argent).
Nous n’avons pas de peine à trouver une plage semi-déserte pour la baignade de l’après-midi.
Nous sommes de retour au port de Chios très en avance, mais le bateau lui est très en retard, puisque c’est seulement à minuit (!) que nous verrons arriver notre « Teofilos ».
La montée à bord se fait dans une cohue indescriptible,
car tout le monde n’a qu’une envie : rejoindre sa cabine et dormir.

Le Pirée n’est plus ce qu’il était…
Nous rappelant la « chanson du Pirée », nous avions imaginé prendre notre petit déjeuner dans un petit port de pêcheurs sous une tonnelle de vigne, au son du bouzouki…
Il nous faut dé-chanter : j’ai voulu éviter la direction d’Athènes,
dont je connais l’épouvantable circulation.
Résultat : nous retrouvons dans le port industriel, au milieu des camions, de la poussière, et des réservoirs de gaz et de pétrole.
Fuyons !

Corinthe : le coup de sabre entre deux mers
Nous faisons d’une traite la centaine de km qui nous séparent de Corinthe.
A l’heure du déjeuner, nous pique-niquons au bord du canal, en observant le manège des bateaux.

Autre saut de puce jusqu’à Patras. Ne sachant pas quand nous pourrions embarquer en Turquie,
nous avions pris deux jours d’avance, que nous avons gardés.
Soit nous campons dans la région et nous en profitons encore pour nous balader et nous baigner,
soit nous essayons de prendre le bateau plus tôt.
Nous optons pour la deuxième solution et nous prenons tout de suite la direction du port.
Les choses s’enchaînent très vite : aussitôt, la date de notre billet est changée, et dans la foulée, nous grimpons avec la moto dans le « Champion Olympique » qui nous a amenés un mois et demi plus tôt… Nous retrouvons avec plaisir ce grand bateau si bien équipé (et à demi-vide, ce qui explique la facilité avec laquelle nous avons pu changer de date).
Douche, balade sur le pont, lecture, dis-cussion avec d’autres touristes (Canadiens et Italiens),
bref on ne voit pas le temps passer. Ce n’est malheureusement que le lendemain, en préparant dans la cale nos véhicules pour le débarquement que nous ferons la connaissance d’un couple d’italiens bien sympathiques qui inaugurent leur retraite par un voyage en Grèce en scooter.
Ils sont tombés dans une descente, et lui a dû faire un tour à l’hôpital
pour soigner sa jambe un peu entamée.

Ca sent le retour…
Autoroutes italiennes, vent violent, camions, flot de véhicules qui descendent de l’Europe du nord vers l’Adriatique, puisque la saison est maintenant commencée…
Pas très folichon, mais incontournable.
Nous passons la nuit à Modena (sans prendre le temps de visiter l’usine Ferrari !) dans un camping qui serait très agréable, s’il n’était situé entre l’autoroute et la tangenziale !
Dans les environs de Turin, nous apprenons que le tunnel du Fréjus est fermé, suite à l’accident qui s’est produit un mois plus tôt, mais dont nous n’avions pas eu connaissance.
Nous attaquons donc le col du Mont Cenis, ce qui n’est pas pour nous déplaire, car en bons Savoyards, nous ne rechignons jamais à grimper un col, et ça tombe bien la Breva non plus.
Au sommet du col, il fait frisquet, ce qui nous change un peu.
Deux motos sont garées, et nous nous arrêtons à côté d’elles. Il s’agit d’un couple de Marseillais bien sympathiques. Lui roule sur une BM (R1150 GS), elle sur…
une Breva.
De quoi pensez-vous que nous parlions ??
Dans la descente, nous nous faisons une grosse chaleur : je me lance inconsidérément à dépasser
un 38 tonnes (pourtant interdit sur cette route) au moment où arrive une voiture en face.
Heureusement, la route est large, et nous en sommes quittes pour serrer les fesses.
Je me passe mentalement un bon savon que Lise, dans sa magnanimité s’abstiendra de m’adresser.
Ce n’est pas le moment de faire l’andouille, nous ne sommes guère qu’à une petite centaine de km du but ! Il nous faudra quand même sortir les vêtements de pluie
(pour la première fois depuis les Météores !) car c’est sous l’averse et dans la fraîcheur que nous arrivons à la maison, après 7000 km parcourus sous le soleil en six semaines.

En forme de bilan :
La Turquie Si j’ai bien réussi à vous faire partager mon enthousiasme, vous l’avez compris,
c’est un pays à ne pas manquer : à cheval entre la passé et le futur, l’orient et l’occident,
le muezzin et Internet, le foulard et la mini-jupe, les crimes d’honneur et le téléphone portable.
La beauté et la variété des paysages, d’Istanbul à la Cappadoce et du plateau anatolien à la côte méditerranéenne, les sites en forme de livre d’histoire à ciel ouvert ne peuvent laisser indifférent.
Les Turcs Je n’aime pas beaucoup les appréciations du genre : « Ils sont gentils », qui ne veulent pas dire grand chose. Il y a sûrement la même proportion de gens bien et de crétins qu’ailleurs.
Mais il faut bien dire que le sens de l’hospitalité est le fonds commun de tous les Turcs.
Et partout, avant toute chose, on commencera par vous offrir le thé.
Hélas, là comme ailleurs, l’étranger, qui est une personne à respecter et accueillir
dans les campagnes reculées, devient un pigeon à plumer dans les zones touristiques…
Il faut savoir aussi que plus on va vers l’est, et moins on rencontre de gens parlant l’anglais.
Alors le français… A propos du français, il est parlé soit par des gens ayant travaillé en France (500000, contre 5 millions en Allemagne…), soit par des lettrés trop heureux de pratiquer notre langue,
et qui connaissent Voltaire mieux que nous…
Par contre, dans certaines régions de la côte méditerranéenne, tout le monde parle allemand,
et on s’adresse à vous d’abord dans cette langue.

La Breva750ie :
Ce n’est pas forcément la moto parfaite pour ce genre de périple,
mais il n’en faudrait pas beaucoup pour qu’elle soit une très bonne moto de tourisme :
des amortisseurs arrière moins durs et qui… amortissent, une selle un peu plus confortable.
J’en entends qui disent : « Et un peu plus de cylindrée et de puissance ». Et pour quoi faire ? Ca s’appellerait alors par exem-ple la Breva 1100, et ça serait alors nettement plus lourd et encombrant.
Il est vrai qu’aujourd’hui, en dessous de 1100 cm3, 140 cv, 250 km/h, une moto ne peut guère
servir qu’à aller acheter ses cigarettes au bureau de tabac du coin
(voir certaines 125 qui veulent se faire aussi grosses que le boeuf)… Je n’ai jamais trouvé que les performances de la Breva (750) étaient insuffisantes en France,
alors en Turquie, sur des routes où on ne peut souvent pas rouler à plus de 80…
De plus, telle qu’elle est, elle ne manque pas de qualités : couple à bas régime, boîte de vitesses agréable, freinage très correct, commandes douces et bien disposées (ce n’est pas une tradition Guzzi !), position de conduite parfaite, facile à équiper pour le voyage…
Que demander de plus ? Ah oui, j’oubliais le cardan, qui justement se fait complè-tement oublier.
Dans la poussière du plateau anatolien, j’ai souvent pensé à ce que deviendrait une
malheureuse chaîne travaillant à l’air libre…
Je pense que la mauvaise passe politico-financière qu’a traversée l’usine Moto Guzzi dans les années 2001-2004 n’est pas étrangère aux problèmes que nous avons rencontrés au début, et que d’autres ont aussi rencontrés (v Moto Magazine du mois de juin).
Espérons qu’aujourd’hui tout est rentré dans l’ordre et qu’avec la nouvelle direction,
les futurs acheteurs n’auront pas à redouter d’être tombés sur un mauvais numéro.

 

En guise de conclusion :
Quelle que soit la destination, prenez votre fidèle monture
(à moins qu’elle ne soit équipée de bracelets au niveau de la roue avant, et qu’elle ne vous permette que de transporter un cure-dents…) et partez.
Rien de tel pour écarter les oeillères et comprendre le monde : ouvrez grand vos yeux,
vos oreilles et votre coeur.
Vous en reviendrez trouvant nos mini problèmes franco français
(l’allumage obligatoire des codes pour les voitures par exemple)
bien petits…
Vous en reviendrez aussi le porte monnaie allégé,
mais tellement plus riche, et prêt à repartir !

PS :
Lise a déjà repris ses activités de mamie, et moi je dois préparer la Norton pour le prochain
Tour du Dauphiné en motos anciennes.
Après, il faudra remonter la Matchless.
Elle est dure, la vie de motard…

Le Projet 2006 :
C'est encore un peu loin, mais en principe, changement de décor : Cap sur la Russie (Moscou (?),
Et surtout St Petersbourg), puis Finlande , Laponie, et retour par les fjords norvégiens).
Enfin, voilà le projet de nos deux supesr rouleurs pour 2006
en Breva750 bien sur.

 

Deux retraités à dos de Breva sur le plateau anatolien